Homo 05 / Qu’est-ce qu’un homme ? (fairy et queer à New York) 

00-quest-ce-quun-homme-fairy-et-queer-a-new-yorkNous aurions une sexualité, déterminée par la distinction hétéro/homo.

Telle est l’idée dominante dans les sociétés occidentales depuis la fin du 20e siècle. L’ajout à ce tableau d’une palette aux nuances de plus en plus fines (bi, queer, trans, etc.) n’en modifie pas l’axe central de la sexualité : être homo ou hétéro. Quoi qu’on en pense, qu’on considère le fait bon ou mauvais, choisi ou contraint, il passe pour un trait fondamental de l’espèce humaine, longtemps nié, marginalisé et réprimé, mais qui heureusement a fini par être accepté dans les pays les plus « éclairés ».

Or, ce qui semble aujourd’hui une réalité (pas « banale » puisqu’il a fallu se battre pour l’imposer) a été historiquement « construit » : pour mieux le comprendre, nous partirons de ce qu’il en était aux Etats-Unis dans la première moitié du 20e siècle, surtout à New York, un peu aussi au Sud profond.

Classes laborieuses  1

A New York, fin 19e-début 20e siècle, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ne vivaient pas cette pratique à l’écart de la société. Ce qu’ils avaient de spécifique faisait partie d’une « culture de la rue » majoritairement ouvrière, centrée sur les quartiers noirs, mais aussi ceux peuplés d’immigrés irlandais, allemands, italiens et juifs, employés dans des activités industrielles et commerçantes, liées au port notamment. Nombre de ces prolétaires, travailleurs migrants, déracinés, sans domicile, détenus aussi, vivaient hors mariage et sans famille. Métropole industrielle, New York était en partie a city of men.  

Bien plus que dans leurs logements exigus et inconfortables, la vie sociable des classes laborieuses se déroulait dans les lieux publics, et les moralistes et les policiers y voyaient une menace pour l’ordre.

Cet espace public, les homosexuels en faisaient usage. Ils vivaient dans un milieu populaire et leur socialisation empruntait à ce milieu : les saloons leur servaient de centres sociaux ou de foyers permettant de s’informer, de se divertir, de trouver un travail, éventuellement un partenaire, remplissant ainsi une fonction identique à celle qu’y trouvaient les autres habitants du quartier. Et les mêmes saloons accueillaient généralement homos et non-homos.

Au sein de cette vie urbaine populaire à dominante ouvrière, l’homo a une place : il est un des éléments qui donnent leur sens aux rapports affectifs et sexuels.

Non pas que la classe ouvrière new yorkaise de 1900 ait été spécialement tolérante et sexuellement libérée. Mais, notamment du fait de leurs conditions d’existence matérielles, le mode de « régulation des mœurs » que subissaient les prolétaires divergeait de celui des bourgeois sur bien des points : vie de famille, logement, rôle de la rue, et séparation entre sphères privée et publique.

Une particularité des quartiers populaires, c’est la visibilité publique du (ou de la) fairy. Le mot désigne d’abord une fée (celle des contes), mais s’applique aussi à un homme d’allure ou de manières dites efféminées : s’il n’est pas indifférent qu’il ait des rapports sexuels avec des partenaires masculins, c’est secondaire.

L’homme habillé en femme, et/ou se comportant comme on l’attend d’une femme, était une figure familière de ces quartiers, et relativement acceptée, au point d’être la bienvenue aux bals « normaux », mais aussi la vedette de masquerades et de drags où les fairies sont l’attraction principale.

A partir de 1926, à Harlem, le bal costumé de la Hamilton Lodge est la plus grande réunion de gays et lesbiennes de New York, attirant des milliers de travestis, la plupart d’origine ouvrière, surtout dans les années 30, avec une présence homosexuelle de plus en plus marquée. En 1929, on compte 2.000 danseurs et 3.000 spectateurs, en majorité de jeunes ouvriers noirs. Les participants seront 8.000 en 1937, dont un grand nombre d’hommes habillés en femmes, mais également des femmes costumées en hommes. Les homos des deux sexes détournaient une pratique de la société « normale » : ils y ont trouvé une place, avant d’en venir à l’organiser eux-mêmes.

Une frange de la « bonne société », des célébrités, des artistes assistaient à ce grand événement mondain au sens inévitablement contradictoire. Car le paradoxe de cette mise en scène, c’est que le travestissement tournait en dérision l’image de l’homosexuel comme efféminé tout en la perpétuant sous forme caricaturale. Le carnaval, c’est le mélange des genres, des classes aussi, le dérèglement cathartique, l’inversion d’une nuit. Le spectacle du renversement coexiste avec la norme et la renforce. Tout en rendant mieux visible l’artificialité des rôles sexués, la féminité outrancière des fairies confortait le stéréotype de la femme.

« Je ne suis pas une femme »

Le ou la fairy se conduit comme aucun homme ne devrait le faire, mais comme tout homme authentiquement « viril » pourrait souhaiter qu’une femme le fasse.

Le quartier populaire accepte la fairy comme une anomalie plus amusante que repoussante : la fairy ne menace pas la hiérarchie des sexes, elle est autre, homme incomplet et femme impossible. Pire, sa féminité affichée et son mépris des qualités féminines « traditionnelles » de pudeur et de réserve la font ressembler à une prostituée.

Du choix vestimentaire jusqu’aux gestes dans la rue, la féminisation est ici le critère essentiel. L’« anormalité » consistait d’abord à renoncer aux privilèges et obligations typiques du statut d’homme, ensuite à chercher des partenaires amoureux ou sexuels masculins. De son côté, l’homme répondant aux avances d’une fairy n’était pas considéré « anormal » tant qu’il restait fidèle à ce qui était supposé définir la masculinité. Cela permettait à des hommes, seuls ou non, mariés ou non, vivant dans des communautés immigrées avec forte séparation des sexes, de pratiquer parfois régulièrement des rapports sexuels avec d’autres hommes, sans pour autant risquer de perdre leur statut d’« homme ».

Un procès célèbre à l’époque l’illustre bien. En 1919, désireuse d’éliminer la « sodomie » de sa base de Newport, l’US Navy recrute dans ses rangs une douzaine de marins choisis pour leur jeunesse et leur beauté, chargés de séduire des homos afin de les faire passer en jugement. L’affaire se soldera par 17 condamnations. Pour ce qui nous intéresse, selon leurs témoignages détaillés, les marins ayant servi d’« appâts » n’ont eu aucun problème à commettre des actes sexuels avec des hommes qui pour eux n’étaient pas vraiment des hommes, seulement des êtres efféminés face auxquels ils tenaient le rôle masculin.

Le sexe du partenaire sexuel n’était pas encore un critère discriminant, mais il allait le devenir, la division entre fairy et homme « normal » cédant la place à celle entre homo et hétéro, – différenciation apparue plus tôt dans les classes moyennes ou supérieures que chez les prolétaires.

Distinction de classe

Aux États-Unis, l’hétérosexualité exclusive est en effet devenue une condition nécessaire de « normalité » dans les classes sociales aisées deux générations avant de gagner les couches populaires noires et blanches.

Lors des premières décennies du 20e siècle, la situation et les revenus des classes moyennes offrent à leurs membres masculins une sphère privée plus large que celle des prolétaires. L’homme « bien élevé » est en mesure de se conformer aux normes de discrétion et d’auto-contrôle qui règnent dans son milieu, voire pour les plus privilégiés d’adopter une posture de gentleman et de fréquenter des artistes. L’homme qui préfère les hommes doit et peut ne pas le montrer, détachant ainsi sa préférence sexuelle de son image « en société ». Les marqueurs sexués indiquent aussi la distinction sociale.

La fairy  exhibe vulgairement (à la façon des gens du peuple) aux yeux de tous une différence sexuelle : l’homo d’un « bon » milieu (le queer au sens d’alors) masque cette différence avec élégance pour ne la révéler qu’aux initiés.

Apparence et respectabilité font partie des conditions d’existence et de travail des classes moyenne et bourgeoise : vêtement, langage, sérieux, façon d’occuper l’espace, autant de signes de supériorité attestant leur fonction de commandement. Et si beaucoup d’ouvriers aspirent à la respectabilité, peu en ont les moyens matériels. L’homme capable de s’offrir une garçonnière ou un bon hôtel préservera mieux les apparences, dans l’adultère comme lors d’amours homophiles.

Choix d’objet

L’ouvrier prouvait sa virilité en jouant le « rôle masculin » avec un homme comme il le faisait par ailleurs aussi avec une femme. L’homme de classe moyenne, lui, s’est représenté de plus en plus sa virilité comme dépendant d’une attirance exclusive pour les femmes. On peut y voir un aspect de la moralisation des classes laborieuses entamée au 19e siècle.

Encore fallait-il que cette vision s’impose socialement.

D’abord, à en croire les enquêtes sociologiques, les rapports homosexuels ou hétérosexuels hors mariage étaient bien plus fréquents chez les ouvriers que dans la classe moyenne.

D’autre part, dans la première moitié du 20e siècle, le discours médical change dans sa définition des rôles sexuels. Jusque-là, le désir sexuel était considéré moins important que la façon (active ou passive, notamment) de le satisfaire : l’« inverti », homme à l’envers comme le mot l’indique, était celui qui se comportait comme une femme, et pour échapper à l’inversion il suffisait à un homme de tenir un rôle dominant.

Désormais, être un « homme » n’est pas seulement se conduire comme un homme (c’est-à-dire ne pas se conduire en femme), c’est avant tout n’avoir de rapports sexuels qu’avec des femmes. Freud théorisera cette évolution en distinguant entre but (ce que cherche la pulsion sexuelle, pas forcément d’ailleurs un acte sexuel au sens courant, une « pénétration » par exemple)) et objet (le moyen d’obtenir satisfaction, entre autres par le choix du partenaire). La psychiatrie ne théorise plus l’inversion mais l’homosexualité, définie par l’attirance pour le même sexe, conception contraire à ce que vivaient alors les milieux populaires.

S’il a fallu attendre pour que le discours savant fasse sentir ses effets sur les comportements, c’est que la « biopolitique » n’est pas affaire de mots. C’est seulement après 1945 qu’une nouvelle perception de la sexualité a peu à peu prévalu, grâce à sa diffusion par l’ensemble des institutions de Sécurité Sociale et de santé publique, ainsi que dans les mœurs et l’opinion.

Mais il n’y aurait pas eu transformation des pratiques sexuelles sans un changement profond de la place et donc de l’image de la femme, dû à la tendance à l’égalisation – partielle et contradictoire – des conditions masculine et féminine. La quasi-totalité des sociétés précapitalistes imposent à la femme des fonctions spécifiques qui l’enferment dans un statut à part, secondaire et minoré. En faisant travailler des femmes hors du foyer, et de plus en plus dans des métiers et à des postes «d’homme », le salariat moderne ne supprime pas mais atténue la hiérarchie des sexes. Dans la représentation dominante en Occident, la femme a cessé de passer pour vouée à la maison, passive et éternelle mineure, face à un homme « vrai » travailleur et actif. En conséquence, si la femme n’est plus systématiquement subordonnée, se conduire comme une femme (est supposée le faire) devient moins symbole et synonyme d’infériorité. Ici la « question homosexuelle » croise celle plus générale du rapport homme/femme2.

Il fallait cette évolution pour qu’une réalité historique appelée hétérosexualité en vienne à exister face à une autre appelée homosexualité. En 1948, le professeur Kinsey affirmait à ses compatriotes étonnés que plus d’un tiers des mâles étasuniens avaient connu dans leur vie au moins une expérience qualifiable d’homosexuelle. Contesté et dénoncé pour ses méthodes comme pour ses bonnes ou mauvaises intentions, le « Rapport Kinsey », énorme succès de librairie, avait en tout cas valeur de symptôme : dorénavant, les hommes « normaux », qu’ils aient d’ailleurs ou non des relations sexuelles occasionnelles avec d’autres hommes, se vivraient (et seraient socialement perçus) comme « hétéros ».

Et dans le Sud profond

Tout semble opposer New York au Mississipi, un des Etats américains les plus religieux et les plus racistes, qui, en 1955, avait même étendu aux rapports hétérosexuels sa loi anti-sodomie de 1839. Il y a pourtant des points communs entre la métropole emblème de la modernité et l’Etat réactionnaire.

Si les hommes attirés par les hommes ne disposaient pas au Mississipi comme à New York et à San Francisco de lieux voués en permanence à leurs rencontres, ils se trouvaient et se retrouvaient grâce à des réseaux informels, entre autres facilités par les moyens de transport modernes, la voiture en particulier.

Il était couramment admis que les garçons traversent une phase de bi-sexualité, jusqu’à ce que l’intérêt pour les filles l’emporte chez la plupart d’entre eux. Tant qu’elle pouvait passer pour du jeu et n’impliquait pas d’adulte, cette sexualité était acceptable.

Dans les années 30, l’adolescent qui sortait en ville en compagnie de son ami (qui pouvait être aussi ce que nous appellerions son amant), habillé en corsage et en jupe, suscitait le rire des passants. On tolérait l’excentricité qui ne remet pas en cause l’ordre familial et social. Le travestissement était accepté comme jeu, interdit comme transgression des démarcations sexuées.

A la même époque, les church drags, parodies de mariage en pleine église avec homme déguisé en future épouse, amusaient beaucoup les paroissiens. On pense aux bals costumés de Harlem, ou aux travestis des spectacles pour militaires en 14-18 comme en 39-45. Les écoles organisaient des concours de beauté masculine, là encore avec scène de mariage entre garçons. Plus d’un lieu et d’une occasion servaient de prétexte à tourner l’hétérosexualité en dérision.

A condition de ne pas « en faire trop ». Celui qui se montrait trop souvent en robe, trop consentant aux jeux sexuels, trop pénétré, se faisait traiter de queer, mot désignant beaucoup plus que l’homosexualité, car recouvrant de multiples expressions et gestes non conformes (voire franchement opposées) aux normes sexuées. En particulier, il ne fallait pas violer « la règle implicite de l’impénétrabilité masculine » (John Howard) : être « homme » était assimilé à être actif, donc celui qui pénètre sa ou son partenaire.

Au terme d’une longue et difficile évolution que nous ne pouvons résumer ici, le Mississipi a fini par renoncer à criminaliser les amours masculines. Alors que les Mississipiens de 1950 ne pensaient pas en termes « homo ou hétéro », mais de « péché », ceux du 21e siècle reconnaissent (ce qui ne veut pas dire acceptent) un fait social, l’homosexualité, fondée sur une orientation vers le même sexe. La dualité homo/hétéro prévaut à Jackson comme à New York: l’homosexualité n’est plus vécue comme un ensemble d’activités sexuelles entre hommes, mais comme un mode d’être, éventuellement lié à un mode de vie spécifique. Idem pour l’hétérosexualité. 

Question de mots

Aucun vocabulaire n’est neutre. Des lecteurs ont pu être été surpris par l’utilisation de tel ou tel qualificatif dans les lignes précédentes, les trouver parfois anachroniques. Au début de son livre cité dans notre bibliographie, George Chauncey avertit qu’il emploiera des mots ayant « maintenant une connotation péjorative qui de prime abord peut choquer le lecteur ». Entre le risque d’anachronisme (parler d’homosexuel ou de gay pour 1870 ou 1910) et l’obscurité (n’employer pour 1870 ou 1910 que les termes de l’époque), nous avons préféré rester le plus clair possible, et souvent choisi le mot « homosexuel(le) », parfois abrégé en « homo », y compris dans le titre de cette série.

Dans les premières décennies du 20e siècle, fairy et queer étaient les termes les plus employés par et pour les homosexuels new yorkais. Les hommes attirés par une personne de même sexe, et non par un homme féminisé (le ou la fairy), s’appelaient queer, sans y donner un sens négatif, voulant dire par ce mot (« bizarre » ou « étrange » en anglais) qu’ils se situaient hors de la normalité statistique des hommes attirés par les femmes. Par ailleurs, bisexuel ne signifiait pas être attiré par les hommes et les femmes, mais être à la fois masculin et féminin.

En parallèle, l’Américain se voulant « normal » renonçait aux sentiments ou aux conduites susceptibles de le faire passer pour homosexuel… et de se voir qualifié de queer.

Ce terme lui-même cédait peu à peu du terrain, en particulier parmi les homos jeunes, tandis que progressait le terme gay, d’usage de plus en plus fréquent dans les médias à partir des années 60, jusqu’à devenir le qualificatif courant sinon obligé, dont la prééminence supposait le nouveau tableau mental qui différencie homo/hétéro. L’homosexualité cessant d’être « anormale », elle perdait son caractère bizarre, queer, d’où l’abandon du nom, puis sa reprise ultérieure par les plus radicaux quand gay a trop ressemblé à une nouvelle norme. Nous en reparlerons.

Question d’être

Dans la classe ouvrière new-yorkaise du début du 20e, l’hétérosexualité ne faisait pas partie des critères et conditions indispensables pour « être un homme ». Le désir d’un homme pour un autre homme révélait autant et aussi peu sur sa personnalité sexuelle que de savoir s’il préférait les femmes brunes ou blondes.

Etait homosexuel l’homme qui se conduisait comme une femme (est supposée se conduire). Sauf que, justement, on ne parlait pas d’« homosexuel », mot au sens précis qui ne s’est répandu qu’à partir du moment où le critère est devenu « même sexe/autre sexe ». Aujourd’hui, est homosexuel l’homme qui fait l’amour avec un homme et – mieux encore – qui vit avec un homme une vie comparable à celle des couples homme-femme, parenté comprise. Alors que la fairy renforçait par contraste un modèle familial qu’elle ne pratiquait généralement pas, l’homosexuel(le) contemporain(e) revendique de pouvoir mener comme tout le monde une vie de famille « normale ».

Il n’y a pas si longtemps, le stéréotype et la caricature de l’homosexuel, c’était la féminité affichée des fairies. A notre époque, avec la culture, voire le culte du corps, c’est l’image de l’homme délibérément masculin qui l’emporte. La folle, le drag, l’outrance provocatrice valent pour la Gay Pride, pour le spectacle et la fête, mais chacun sait ces types d’exhibition secondaires comparées à la fréquentation régulière d’une salle de gym où le gay comme beaucoup de ses contemporains entretient son capital-corps.

Aujourd’hui, la sexualité se répartit sur un axe homo/hétéro, chacun étant l’un ou l’autre, ou les deux, voire davantage, le ou la bi se contentant d’aller d’un pôle à l’autre, le ou la queer combinant ad lib les variations réalisables, le ou la trans franchissant les limites biologiques entre les deux pôles. Restera à comprendre ce que signifie la multiplicité incessante de ces (sous-)catégories, comme si, aussitôt passée dans les esprits et les mœurs vers la fin du 20e siècle, cette binarité homo/hétéro n’avait pu s’affirmer qu’en se divisant à l’infini. Il est permis d’y voir un progrès. Il est possible aussi d’y voir une identité en crise, – crise au cœur de notre sujet, et qui sera traitée à la fin de cette série.

G. D., novembre 2016

Lectures :

George Chauncey, Gay New York, 1890-1940, Fayard, 2003.

Hidden From History. Reclaiming the Gay & Lesbian Past, ouvrage collectif, Penguin, 1991.

John Howard, Men Like That: A Southern Queer History. University of Chicago Press, 2000. Portant sur la période 1945-85, le livre est précieux aussi pour le rapport classe/sexe/race, non abordé ici faute de place.

Neil Miller, Out of the Past. Gay & Lesbian History from 1869 to the Present, Vintage, 1995.

Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905.

Notes :

1 La working class dont parlent les historiens anglophones est plus large que la « classe ouvrière » : au-delà des ouvriers (d’usine, du bâtiment, d’entretien…), elle englobe l’ensemble des travailleurs manuels pas ou peu qualifiés, hommes et femmes, y compris le conducteur d’autobus, l’employée de magasin, l’aide-soignante, etc. Tous les habitants des « banlieues ouvrières » françaises n’étaient pas non plus ouvriers. En plus de classe ouvrière, nous avons donc eu recours aux expressions classes populaires, milieu populaire, et classes laborieuses, aujourd’hui désuet mais adéquat au New York de 1910.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *