Eloge du zombie (World War Z)

      «  Nous avons à souffrir non seulement de la part des vivants,
mais encore de la part des morts. Le mort saisit le vif !
 »
(Le Capital, préface de la 1ère édition, 1867)

   DDT21.WWZ. Leningrad, 1937A Mellila, enclave espagnole sur la côte marocaine. Pour franchir deux barrières de 6 m gardée par des soldats et des policiers, une masse d’hommes et de femmes courent pêle-mêle, attachant parfois des crochets à leurs poignets et des vis à leurs chaussures pour mieux s’accrocher. « La plupart des personnes interrogées disent être montées les unes sur les autres pour réussir à passer. » Un jour ils étaient 2.000, submergeant les défenseurs, pourtant la plupart échouent, et recommencent.

A Jérusalem, dans la vieille ville. Sous protection militaire, à l’abri d’un mur haut de 20 m, juifs, musulmans et chrétiens chantent des hymnes. A l’extérieur, des milliers d’êtres en furie escaladent la muraille, retombent, repartent à l’assaut, mais à force de grimper sur les corps entassés, quelques-uns atteignent le sommet, d’autres suivent, l’enceinte est envahie, les soldats débordés, un massacre commence.

Les événements de Mellila ne sont que trop réels. [1] Chaque jour, des milliers d’Africains risquent leur vie pour émigrer en Europe. De toutes les photos, la plus forte peut-être montre, au loin, des hommes en équilibre périlleux au sommet de la barrière métallique, prêts à retomber du « bon » côté, tandis qu’au premier plan, sur une verte pelouse, deux personnes jouent paisiblement au golf.

La scène de Jérusalem est extraite du film World War Z (2013), inspiré du roman de Max Brooks, World War Z, Une histoire orale de la Guerre des zombies (2006), récit post-apocalyptique où les zombies ayant envahi presque tout le globe, il s’agit autant d’organiser la survie que de les anéantir.

Réalité n’est pas fiction, et les immigrés ne sont pas des zombies. Pourtant tous les Etats (y compris ceux que les migrants essayent de fuir, ici le Maroc) traitent ces prolétaires comme des êtres en trop, des nuisibles, presque hors-humanité, des monstres… des zombies.

L’essentiel du livre est absent du film, et nous nous intéresserons surtout au roman, composé d’entretiens recueillis 12 ans après la fin de la guerre mondiale anti-zombies.

Dans WWZ, ce qui menace l’humanité est très différent d’une catastrophe naturelle (météorite géante) ou d’un danger extérieur (invasion extra-terrestre) : la menace vient ici de l’intérieur de l’espèce humaine.

    WWZ condense nombre de peurs contemporaines… et propose des solutions.

 

Le tableau des peurs

 

Quand la famille cesse d’être un lieu a priori rassurant, quand quelques instants suffisent pour faire de votre propre père un étranger voué à vous agresser, chacun peut muter en ennemi qui vous transforme à votre tour en ennemi. Est-ce la peur (ou la haine) de l’autre qui domine, ou plutôt la peur de soi, de devenir autre, de se perdre ?

En ne donnant aucune explication scientifique à la pandémie, le livre en rend tout et personne responsable. Seule certitude, le premier foyer a été repéré en Asie (retour du péril jaune ?).

Les êtres infectés ont perdu figure humaine. De la bouche sort une bave mais aucune parole, on ne voit que des dents qui servent d’arme. Ces créatures animées d’une pulsion destructrice reflètent l’image qu’un bourgeois se fait des sous-prolétaires de l’underclass, brutes avinées, des animaux (on pense à Zola et aux ouvrières-femelles) : la peur de la zombification est aussi une peur du déclassement. Les classes dirigeantes ont toujours fantasmé la grande révolte des pauvres comme une démence ensauvagée, une épidémie. Les communards ? des « chiens enragés », écrivait Flaubert. [2]

Cette contagion, rien ne l’arrête. Le « 11 Septembre » avait révélé de quoi est capable un banal avion de ligne. Ici, le Boeing qui en quelques heures transportait le touriste sous les tropiques lui rapporte en échange à domicile un péril mortel. Les instruments de la mondialisation se retournent contre la civilisation.

Même les miracles de la médecine sont impuissants. Non seulement les laboratoires échouent à trouver un remède, mais un industriel fait fortune en vendant un vaccin qu’il sait inopérant. On ne peut plus faire confiance à la science. Si l’origine du mal reste mystérieuse, sa propagation s’expliquerait par la profusion de greffes et les trafics d’organes. Comme s’il fallait punir l’humanité de ses excès, de sa démesure technologique, notamment médicale, de la marchandisation de corps déjà déshumanisés.

Pire, en disloquant la vie sociale, la prolifération des zombies provoque une gigantesque panne démocratique : qui décide ? La guerre totale ne laisse guère de rôle au parlement.

 

     L’apartheid comme salut du genre humain

 

L’épidémie multiplie les maisons-bunkers, successeurs des gated communities pour riches. Mais les zombies sont plus tenaces que les pauvres. Le repli sur sa famille, son village ou sa région (comme aujourd’hui les tentatives pour créer une Flandre, une Catalogne ou une Ecosse autonome), le mur anti-zombies n’est viable qu’organisé par un pouvoir politique qui s’en donne les moyens.

Mieux que la démocratie parlementaire, selon WWZ, c’est un Etat ayant l’expérience de vivre en forteresse assiégée et de faire largement usage de la force, qui saura le mieux réagir contre les zombies. Les démocrates savent tirer des régimes autoritaires, sinon racistes, les leçons qui s’imposent.

En Afrique du Sud, dans les années 1980, face au progrès du mouvement noir, aurait été conçu un Plan Orange : « imaginez », disait Redeker, son inventeur, «  ce qui pourrait être accompli si seulement la race humaine se dépouillait de son humanité » Il s’agissait en effet de constituer un réduit où survivrait une minorité d’Afrikaners… au prix du sacrifice de beaucoup d’autres : ainsi seraient «  préservées la légitimité et la stabilité du gouvernement ». L’hostilité des milieux afrikaners et le compromis mettant fin à l’apartheid ont rendu le projet caduc mais, jamais appliqué contre les Noirs, il s’avère utile contre les zombies. Début 21e siècle, ce plan imaginaire visant à abandonner des territoires et populations au chaos pour se replier sur des zones protégées évoque irrésistiblement l’Europe-forteresse et les périphéries délaissées à la misère et au désordre : Somalie, Libye, Irak…

De son côté, fort de son expérience en matière de mur anti-Palestiniens, Israël se constitue en camp retranché, offrant l’asile aux Juifs comme aux Palestiniens originaires des territoires occupés, à condition qu’ils soient sains (les Juifs infectés sont impitoyablement rejetés). Il fallait un ennemi commun mortel pour qu’advienne enfin la réconciliation judéo-arabe… sans doute ce qu’il y a de moins crédible dans le livre. [3]

D’autres villes et quartiers, et même Buckingham Palace, se transforment ainsi en forteresses.

 

Un New Deal autoritaire, solidaire et écologique    

 

Une fois à l’abri, encore faut-il survivre, supprimer le superflu pour garder le fondamental, c’est-à-dire pour Max Brooks l’autorité de l’Etat, l’argent et le salariat : c’est des Etats-Unis que vient la réponse.

La comparaison avec le New Deal est explicite dans le roman. L’Etat fédéral prend des mesures d’inspiration « marxiste » ou « collectiviste », non sans rencontrer des résistances comme autrefois Roosevelt. Un Ministère des Ressources Stratégiques coordonne l’économie pour la transformer : cette guerre de type nouveau exige des qualifications pratiques, matérielles et une ré-industrialisation sélective. Même non qualifié, le travail manuel est un bien précieux. L’ouvrier retrouve une reconnaissance. Production et productivité subissant un redéploiement complet, réflexes de classe et préjugés de race, auparavant « naturels » mais désormais contre-productifs, passent pour artificiels : savoir finaliser un plan financier devient futile comparé à réparer les toilettes. L’ex-producteur de disques est maintenant un ramoneur heureux. Le prof de fac apprend à changer un carreau cassé.

65% de la population ayant un « potentiel nul », une nouvelle gestion de la main-d’œuvre s’impose, grâce à un vaste programme de formation et une pédagogie mutualisée : ceux qui savent jardiner ou bricoler enseignent aux autres.

Les restrictions de production et de consommation obligent à une simplicité heureuse. Les citoyens doivent « se détacher de leurs habitudes de confort ». Comme y invite le Guide de survie abordé plus loin, « Apprenez à vous passer du luxe inutile. Bon nombre d’entre nous rêvent d’un régime plus strict ». Rêve réalisé quand la fermeture des frontières interrompt la mondialisation et sonne la fin de la boisson gazeuse aux étapes successives de fabrication sur 9 pays et 3 continents. Le recyclage est systématique, la réparation encouragée, de préférence conviviale, par exemple celle des bicyclettes. A désordre global, solutions locales : un Programme d’Autosuffisance Communautaire incite les groupes locaux à compter sur leurs propres ressources. Ce que les écolos recommandaient en vain, la sobriété énergétique forcée l’ordonne : l’Etasusien découvre ses pieds, et grâce à eux la densité du temps : une heure de voiture devient une journée de marche.

Même la justice évolue. Au début, la mise au pilori des déviants choque, puis l’opinion comprend que les délits seront moindres (et moindre aussi le châtiment) s’ils sont traités en public. Quand justice n’est plus rendue par des spécialistes mais par le groupe, il y a (re)constitution d’une communauté.

Donc, rien moins qu’une transition écologico-sociale : une décroissance… forcée, mais à qui oserait parler de dictature, Max Brooks rétorquerait que ce néo-New Deal repose sur une participation citoyenne.

Les Etats-Unis l’emportent parce qu’ils ont instauré la domination bienveillante d’experts appuyés sur le peuple, et parce qu’à travers la guerre les affaires continuent : la prise en charge de l’économie par l’Etat garantit la perpétuation de l’entreprise, du salariat, du profit, des classes…

 

Géopolitique anti-zombie

 

Le reste du monde suit des chemins variés, parfois inattendus.

A Cuba, ce n’est pas la mer qui isole l’île : les zombies nagent mieux que des poissons et l’Irlande a le privilège d’être le lieu le plus « infesté » de la Terre. C’est son régime dictatorial qui sauve Cuba. Un atout économique, qui plus est: le territoire étant sûr, on y fabrique en masse des armements anti-zombies exportés dans le monde entier, et l’île devient « l’arsenal de l’humanité » (comme les Etats-Unis l’arsenal de la démocratie en 39-45). Le capital n’a aucun problème à s’investir dans une usine d’armes à Cuba si le Texas est infesté de zombies : la bourgeoisie a l’habitude des délocalisations.

Cette prospérité incite 5 millions d’Etasuniens à prendre la mer, nouveaux boat people en quête de sécurité et de travail. Les Cubains commencent par les parquer dans des camps. Puis 10% de ces migrants sont embauchés comme plongeurs, éboueurs ou dans d’autres emplois subalternes que les Cubains refusent. Peu à peu, les Yankees s’intègrent. Chamboulée par un essor qui pousse au libéralisme, Cuba évolue, une vie politique renaît, des grèves, des émeutes, signe que l’autoritarisme était plus propice aux affaires.

Sur la dernière dictature « communiste » existante, la Corée du Nord, le silence est total. On devine qu’elle a résisté mieux que tout autre pays, protégée par un isolement géographique due à la zone démilitarisée. Rien ne vaut un pays coupé du monde. Surtout en comparaison de la Corée du Sud, ravagée par le trouble et l’agitation qui pour WWZ accompagnent inévitablement l’individualisme démocratique.

La guerre anti-zombies tranche le débat récurrent sur l’avènement de la Chine au rang de 1ère puissance mondiale. Non, répond WWZ. Incapable ou peu désireuse d’appliquer chez elle une version du plan Redeker, la Chine sort de la guerre trop affaiblie économiquement et politiquement pour disputer le leadership aux Etats-Unis. Quant à la Russie (désormais le Saint Empire Russe), elle aussi demeure ravalée à un rang de puissance régionale, occupée à tenter de récupérer l’Ukraine…

Au terme de la guerre, sur 200 millions de zombies, il en resterait 20 à 30 millions de par le monde. Ils résistent à tout. Ni morts ni vivants, vieillir n’a pas de réalité pour eux. On ne les élimine qu’en détruisant leur cerveau ou les mettant en morceaux. La glace les paralyse, le dégel les ranime, et les parents recommandent aux enfants d’éviter de jouer trop près du lac. Le roman s’achève sur une coexistence forcée et une menace contenue mais probablement infinie.

 

Le capitalisme et l’utopie de sa survie

 

Comme beaucoup de récits de science-fiction, WWZ offre une panoplie des problèmes d’une époque tels qu’ils sont perçus par l’opinion dominante, du moins celle qui se veut éclairée. Il nous apprend peu sur ce qu’est le monde, davantage sur ce que le monde craint et espère.

En cas de catastrophe, rien ne vaut l’Etat : voilà la leçon de Max Brooks. S’il mentionne bien des collectivisations harmonieuses menées par des citoyens libertaires, la solution qui a sa préférence passe par l’Etat, l’armée, la hiérarchie, l’autorité, l’ONU, l’OMS, adoucis d’un brin d’autogestion temporaire. [4] Il lui est plus facile de concevoir une invasion de zombies que l’auto-organisation d’êtres humains refusant le retour de l’Etat. Pour Max Brooks, maîtriser l’épidémie signifie d’abord maîtriser la population, par les armes si nécessaire. Le roman évoque des « humains sauvages » que les militaires ont parfois du mal à raisonner. Sinon ce ne sont que des « rebelles organisés ». Et si « un monde sans argent » pointe le nez, il se limite au troc dans les archipels du Pacifique. Le livre comporte quelques interviews d’individus relativement marginaux mais toujours raisonnables : on n’y lira pas un entretien avec un ancien squatter montreuillois ayant lutté contre les zombies puis contre les troupes d’occupation de l’OTAN, et qui aujourd’hui croupit dans une prison des Kerguelen.

Dans un livre parallèle, le Guide de survie en territoire zombie, [5] Max Brooks explicite le contenu politique laissé à l’état de « sous-texte » dans WWZ. L’invasion zombie provoquera la « disparition de la loi et l’ordre » : « les ultimes vestiges de la police et de l’armée […] déserteront en masse pour sauver leurs familles et deviendront à leur tour des bandits. ». Car, moins que de « rebelles organisés », il s’agit de « pillards » : « Ces barbares des temps modernes ne se définiront que par l’irrespect de la loi, la haine de l’organisation » et « un mode de vie nihiliste et parasitaire » : « leur sens naturel de l’anarchie les poussera inévitablement à se battre les uns contre les autres ». Quant à ceux qui ne s’adonneront pas à la violence, ils s’anéantiront dans le sexe : « La mort d’une civilisation s’accompagne généralement d’une dernière et gigantesque fête. Aussi pervers que ça paraisse, des gens croyant vivre leurs derniers instants se livrent à de véritables orgies. »

Le romancier se croit le cerveau fertile mais manque d’intelligence théorique. Il est faux que toute catastrophe brise le lien social et libère le pire chez vous et moi. Etudiant les réactions devant un ensemble de désastres au 20e siècle, Katrina inclus, Barbara Solnit montre que souvent les calamités interrompent l’égoïsme « naturel » et engendrent des pratiques d’entraide et de solidarité. [6] Réalités qui échappent à Max Brooks, dont l’humour véhicule le conformisme le plus banal. Sans angélisme, on nous permettra de croire à d’autres alternatives que le choix entre la Garde Nationale et une barbarie à la Mad Max.

 

Tout est permis contre les ennemis du genre humain      

 

     Personne ne croit sérieusement aux zombies. Chacun sait ce qu’ils représentent : l’image d’une possible catastrophe universelle. WWZ n’est pas un roman gore, mais un livre politique (bio-politique, dirait un foucaldien). Un écologiste y verrait une métaphore de la menace de destruction de la planète sous l’action de l’espèce humaine.

Que faire quand l’humanité court le risque de disparaître ?

Si le plan Orange est uchronique, il ne relève pas totalement de la fiction. Mis à part le sacrifice délibéré d’une partie de la population, ce genre de projet a sa place dans les fantasmes d’ultra-droite.

La démocratie, c’est bien connu, se définit par son rejet de l’extrémisme. Mais si l’humanité même est menacée, les démocrates ne se privent d’aucun moyen, même dictatorial, même extrême, même « inhumain ». La question de la fin et des moyens est à peine effleurée dans le livre. [7] Les méthodes les plus ignobles sont-elles justifiées contre le mal absolu incarné par les zombies ? (Ou par Hitler ? Par Staline ? Par les terroristes poseurs de bombes ? Par les islamistes assassins d’enfants ?…)

Dans ce drame, les zombies sont-ils vraiment les pires ?

 

Zombie et prolétaire                            

 

Versailles est en cendres et deux pays au moins ont subi des attaques nucléaires: on se sort pas indemne d’une guerre mondiale anti-zombies.

La bonne nouvelle, pour Max Brooks, c’est que l’humanité (entendez, sa partie civilisée, l’Occident, les Etasuniens à sa tête) a su enfin s’unir pour survivre. [8] L’existence s’annonce plus raisonnable, plus locale, plus solidaire, plus attentive à l’environnement.

Hélas, avertit l’auteur, la paix nous rend égoïstes, individualistes, consommateurs extravagants. Même une apocalypse a échoué à nous améliorer. Les hommes n’apprennent rien. A moins qu’une autre bonne grande guerre…

Laissons Max Brooks à son triste moralisme.

Comme souvent, le vrai héros de l’histoire, c’est le méchant, le perdant.

Le zombie vient de l’humain. Il a perdu, ou on lui a enlevé son humanité. Négatif absolu de cette société, il n’est que pure négation. Il est le prolétaire tel que le bourgeois d’antan l’hallucinait, brute capable seulement d’obéir, sinon d’ensevelir la civilisation. L’ange noir d’une révolte aveugle qui n’épargnera rien, pas même ses auteurs. [9] Mais ce qui épouvantait Flaubert, nos contemporains le mettent en spectacle. S’ils se complaisent dans l’image du zombie, c’est qu’ils ont du mal à imaginer que le monde actuel produise autre chose que son autodestruction.

L’apocalypse passera de mode quand la révolution semblera à notre portée.

 G. D. & T. L.

 

[1] International New York Times, 24 juillet 2014.

[2] Lettre à E. Feydeau, 29 juin 1871.

[3] En décrivant la prise de Jérusalem par les zombies (dans la scène spectaculaire résumée au début de notre texte), le film s’écarte du livre.

[4] Si la reconstitution de l’État est évidemment un soulagement pour les dominants, elle peut aussi apparaître comme un espoir pour les dominés. Dans l’univers post-apocalyptique du Facteur de David Brin (roman de 1985, adapté au cinéma en 1997), c’est en se faisant passer pour l’émissaire d’un imaginaire État en reformation, que  le héros redonne l’espérance à des communautés aux prises avec des potentats locaux. Ajoutons qu’une situation catastrophique n’est pas forcément la plus favorable à l’instauration d’un monde meilleur. Le pouvoir central s’est en partie ou totalement décomposé en Libye, au Yémen, en Irak, en Syrie ou en Centrafrique, sans qu’en sorte un mouvement social émancipateur. L’Etat peut se contracter, abandonner des territoires intenables et ingérables, mais s’il n’est pas détruit il reviendra un jour et s’étendra à nouveau.

[5] Publié aux États-Unis en 2003 (Calmann-Lévy, 2009).

[6] A Paradise Built in Hell : the Extraordinary Communities That Arise in Disaster, 2009. La limite de B. Solnit est de regretter qu’ensuite se tarissent ces sources de liberté et de communauté. Pourtant, « le retour à la normale » signifie forcément la renaissance de la division sociale, des intérêts de classe, de la puissance de l’État, etc.

[7] Il arrive quand même à Max Brooks de se demander jusqu’où on peut aller pour arrêter les zombies : des soldats russes refusent d’obéir à certains ordres.

[8] En 1985, Reagan rapportait une conversation avec Gorbatchev où il lui aurait dit « combien sa tâche et la [sienne] seraient plus faciles si notre monde était soudain menacé par une autre espèce » (le Star, journal du Nebraska, 5 décembre 1985).

[9] Au cinéma, il n’est pas rare que le zombie incarne une vengeance contre des exploiteurs, par exemple contre un promoteur immobilier dans La Nuit fantastique des morts-vivants (1977), film d’ailleurs dénué de critique sociale.

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