{"id":350,"date":"2015-02-23T15:42:20","date_gmt":"2015-02-23T14:42:20","guid":{"rendered":"http:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=350"},"modified":"2015-10-09T08:47:23","modified_gmt":"2015-10-09T06:47:23","slug":"1789-1799-revolution-bourgeoise-et-luttes-de-classes-en-france-interview","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=350","title":{"rendered":"1789-1799 : R\u00e9volution bourgeoise et luttes de classes en France. Interview."},"content":{"rendered":"<h3><strong><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2015\/02\/DDT21-Douter-de-tout.-R\u00e9volution-bourgeoise-et-luttes-de-classes-02.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-362\" src=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2015\/02\/DDT21-Douter-de-tout.-R\u00e9volution-bourgeoise-et-luttes-de-classes-02-300x194.jpg\" alt=\"DDT21, Douter de tout. R\u00e9volution bourgeoise et luttes de classes 02\" width=\"300\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2015\/02\/DDT21-Douter-de-tout.-R\u00e9volution-bourgeoise-et-luttes-de-classes-02-300x194.jpg 300w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2015\/02\/DDT21-Douter-de-tout.-R\u00e9volution-bourgeoise-et-luttes-de-classes-02.jpg 652w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/strong><\/h3>\n<h3><strong>Entretien avec Sandra C. autour de la brochure <em>R\u00e9volution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799<\/em> <em>(1\u00e8re partie)<\/em> publi\u00e9e en octobre 2014.<\/strong><\/h3>\n<p><strong>DDT21: La R\u00e9volution fran\u00e7aise a eu lieu il y a plus de 200 ans\u00a0: en quoi importe-elle pour nous en ce d\u00e9but de XXI<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Sandra C: La R\u00e9volution fran\u00e7aise se situe dans une p\u00e9riode\u00a0durant laquelle se mettent en place les structures \u00e9conomiques, sociales et politiques que nous connaissons aujourd&rsquo;hui. La fin du XVIIIe si\u00e8cle voit en effet l&rsquo;\u00e9mergence du mode de production capitaliste en Europe de l&rsquo;Ouest et en Am\u00e9rique du Nord, avec l&rsquo;amorce de la r\u00e9volution industrielle. La mont\u00e9e en puissance de la bourgeoisie est associ\u00e9e \u00e0 cette mutation \u00e9conomique. Elle revendique la libert\u00e9 d&rsquo;entreprendre, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits et les libert\u00e9s individuelles. Au moment de la R\u00e9volution, elle contribue \u00e0 la mise en place de l&rsquo;Etat-nation et d&rsquo;un nouveau type de gouvernement bas\u00e9 sur la repr\u00e9sentation nationale, comme cela s&rsquo;est fait un peu avant aux \u00c9tats-Unis, allant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instauration de la R\u00e9publique et de la d\u00e9mocratie en 1792.<\/p>\n<p>La bourgeoisie en proclamant les droits de l&rsquo;homme, la libert\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ouvre une br\u00e8che qui actuellement est loin d&rsquo;\u00eatre referm\u00e9e. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 pour les travailleurs de l&rsquo;\u00e9poque signifie surtout l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 de meilleures conditions de vie. Cette br\u00e8che et le contexte de crise \u00e9conomique vont amener les prol\u00e9taires \u00e0 pousser la R\u00e9volution au-del\u00e0 des objectifs bourgeois. Cette p\u00e9riode constitue ainsi une premi\u00e8re \u00e9tape dans l&rsquo;histoire des luttes du prol\u00e9tariat en France. Ses luttes autonomes permettent la suppression du f\u00e9odalisme\u00a0; la chute de la monarchie avec la prise des Tuileries le 10 ao\u00fbt 1792\u00a0; la mise en place de lois sociales\u00a0; l&rsquo;\u00e9viction des d\u00e9put\u00e9s girondins de la Convention les 31 mai et 2 juin 1793. Une fois que ces bourgeois, qui ne souhaitent faire aucune concession aux travailleurs, sont hors-jeu, ces derniers se retrouvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te avec les bourgeois montagnards dans le combat r\u00e9volutionnaire. Mais leurs int\u00e9r\u00eats sont inconciliables avec ceux des prol\u00e9taires. Il est important de montrer que le but des bourgeois montagnards et jacobins est d&rsquo;encadrer les prol\u00e9taires. Ces derniers leur font confiance jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils d\u00e9couvrent, un peu tard, le caract\u00e8re bourgeois de leurs \u00ab\u00a0alli\u00e9s\u00a0\u00bb. L&rsquo;histoire n&rsquo;est jamais la m\u00eame, mais ce sc\u00e9nario s&rsquo;est rejou\u00e9 ailleurs et \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9poques. Aujourd&rsquo;hui, une fraction de la petite bourgeoisie, que l&rsquo;on peut qualifier de jacobine, fait miroiter aux travailleurs, frapp\u00e9s de plein fouet par la restructuration du capital, qu&rsquo;un monde meilleur est possible en \u201chumanisant\u201d le syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n<p><strong>Il existe des milliers de livres sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: que penses-tu apporter de neuf\u00a0?<br \/>\n<\/strong>Il s&rsquo;agit de monter que la R\u00e9volution fran\u00e7aise constitue la premi\u00e8re \u00e9tape dans les luttes du prol\u00e9tariat, de souligner le caract\u00e8re de classe bourgeois de la Montagne et du jacobinisme et que la guerre et le nationalisme ont \u00e9t\u00e9 un frein \u00e0 la lutte des travailleurs. Ces analyses ne sont pas nouvelles. Elles ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es par exemple par Daniel Gu\u00e9rin dans <em>Lutte des classes pendant la Premi\u00e8re R\u00e9publique<\/em> (1946) et son condens\u00e9 <em>Bourgeois et bras-nus<\/em> (1968). Cependant, il a tendance \u00e0 calquer ses aspirations libertaires sur celles des travailleurs de l&rsquo;\u00e9poque. Il n&rsquo;est pas question de savoir ce que ces derniers auraient pu faire, mais ce qu&rsquo;ils ont fait et quelles en \u00e9taient les limites.<\/p>\n<p>Surtout, on n&rsquo;\u00e9crit pas de la m\u00eame fa\u00e7on l&rsquo;histoire de la lutte des classes pendant la R\u00e9volution fran\u00e7aise aujourd&rsquo;hui, en 1946 ou en 1968. Le contexte a beaucoup \u00e9volu\u00e9 depuis, tout comme les enjeux autour de la R\u00e9volution. Depuis la fin des ann\u00e9es 1960, il y a eu l&rsquo;offensive \u00ab\u00a0r\u00e9visionniste\u00a0\u00bb de Furet, tous les discours d\u00e9montant l&rsquo;analyse de classe et l&rsquo;id\u00e9e r\u00e9volutionnaire, menant soit disant au \u00ab\u00a0totalitarisme\u00a0\u00bb, ce qui a caus\u00e9 beaucoup de d\u00e9g\u00e2ts dans la lecture de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Les cons\u00e9quences de cette attaque id\u00e9ologique sont encore visibles. Aussi, la crise du capital, ses attaques contre les travailleurs, ou encore le retour de la question nationale et identitaire, au d\u00e9triment de l&rsquo;analyse de classe, sont des \u00e9l\u00e9ments nouveaux depuis la fin des ann\u00e9es 1960.<\/p>\n<p><strong>Tu analyses 1789 comme r\u00e9volution bourgeoise\u00a0: est-il l\u00e9gitime de parler de classes et de lutte de classes pour la fin du XVIIIe si\u00e8cle en France\u00a0? Est-ce qu\u2019en 1789, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et en face des bourgeois, se trouve un \u00ab\u00a0prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb et pas seulement des masses populaires, des domin\u00e9s, des pauvres&#8230;\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>A travers la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ordres\u00a0d&rsquo;Ancien R\u00e9gime, compos\u00e9e de la noblesse, du clerg\u00e9 et du Tiers \u00e9tat, il existe des classes. Au sein de la noblesse, il y a des diff\u00e9rences de revenus, mais une grande partie tire ses ressources de l&rsquo;exploitation de la terre. Les nobles jouissent de privil\u00e8ges exclusifs et sont anim\u00e9s d&rsquo;un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 sur les autres groupes sociaux. Leur conscience de classe se traduit par la r\u00e9action nobiliaire qui vise \u00e0 r\u00e9activer d&rsquo;anciens droits f\u00e9odaux afin de conserver un niveau de vie conforme \u00e0 leur statut; \u00e0 fermer l&rsquo;acc\u00e8s de la noblesse aux bourgeois, ou \u00e0 interdire \u00e0 ces derniers l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 certaines fonctions (militaires, administratives). La r\u00e9action nobiliaire attise ainsi le conflit entre la noblesse et la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Il existe une classe bourgeoise, cependant tous ses membres ne sont pas conscients des transformations \u00e9conomiques en cours. Certains sont conscients d&rsquo;occuper une place dominante dans les rapports \u00e9conomiques, ils sont dans les affaires ou proches de ses milieux. D&rsquo;autres se limitent au souhait d&rsquo;une reconnaissance sociale, comprenant que la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Ancien R\u00e9gime est verrouill\u00e9e, ils esp\u00e8rent des r\u00e9formes. Le conflit de classe entre la noblesse et la bourgeoisie est r\u00e9el \u00e0 la veille de la R\u00e9volution. Alors que la seconde veut faire tomber toutes les barri\u00e8res qui contraignent l&rsquo;\u00e9conomie et le d\u00e9veloppement des forces productives, r\u00e9clame l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 juridique et fiscale, la premi\u00e8re, agripp\u00e9e \u00e0 ses privil\u00e8ges, entend reprendre le contr\u00f4le politique qu&rsquo;elle a perdu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Louis XIV.<\/p>\n<p>Il existe aussi une large proportion de personnes vivant de leur travail. Ceux qui poss\u00e8dent un petit moyen de production\u00a0: les ma\u00eetres fabricants de la production artisanale et les petits producteurs agricoles qui poss\u00e8dent en moyenne 1 hectare, ce qui n&rsquo;est pas suffisant pour vivre. M\u00eame pour ces travailleurs ind\u00e9pendants, la hausse des prix constitue un probl\u00e8me. Dans la brochure, j&rsquo;\u00e9voque la prol\u00e9tarisation des travailleurs avec le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie manufacturi\u00e8re qui se caract\u00e9rise par une concentration de la main d\u2019\u0153uvre, des moyens de production, des capitaux et par le fait qu&rsquo;elle \u00e9chappe \u00e0 la r\u00e9glementation du syst\u00e8me corporatif qu&rsquo;on retrouve dans la production artisanale. Dans ce dernier secteur, il y a des prol\u00e9taires, les compagnons et les apprentis qui certes poss\u00e8dent un savoir-faire, un \u201cm\u00e9tier\u201d, mais dont les conditions de travail sont difficiles. Ce qui entra\u00eene des conflits avec les ma\u00eetres, c&rsquo;est \u00e0 dire les patrons. En principe, ils peuvent s&rsquo;\u00e9lever socialement en devenant d\u00e9tenteur de leur moyen de production, mais pour cela il faut payer une charge dont le prix est trop cher. De plus le nombre de charges est limit\u00e9, l&rsquo;artisanat ne n\u00e9cessite pas une nombreuse main d\u2019\u0153uvre car la qualit\u00e9 des produits prime sur la quantit\u00e9. Nombre d&rsquo;apprentis et de compagnons demeurent donc salari\u00e9s.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la prol\u00e9tarisation est \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les campagnes o\u00f9 vivent 84% des habitants. Des paysans pour vivre, tissent \u00e0 domicile pour le compte de marchands-fabricants, sur des m\u00e9tiers qui ne leur appartiennent pas. Dans les grandes r\u00e9gions de production agricole, comme le Bassin parisien, il existe un prol\u00e9tariat agricole\u00a0: les journaliers et les saisonniers. Aussi, face aux conditions de vie qui se d\u00e9gradent, des paysans partent en ville chercher du travail ou vont s&#8217;employer dans des manufactures. Mais le taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 ne permet pas \u00e0 tous de trouver un emploi, certains sont contraints d&rsquo;errer sur les routes et recourent \u00e0 la mendicit\u00e9 ou \u00e0 l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 pour survivre.<\/p>\n<p>Il existe donc un prol\u00e9tariat mais limit\u00e9 en nombre. Cependant, les paysans sans terre, les compagnons et apprentis aux perspectives bouch\u00e9es, les travailleurs des manufactures se retrouvent dans un m\u00eame rapport de production: le salariat. Enfin, les conflits capital-travail sont fr\u00e9quents au XVIIIe si\u00e8cle et augmentent \u00e0 partir de 1774. Face aux bourgeois, des prol\u00e9taires commencent \u00e0 se dresser en refusant la m\u00e9canisation, comme \u00e0 Rouen en 1789, en r\u00e9clamant de meilleurs salaires dans un contexte marqu\u00e9 par la hausse des prix, le ch\u00f4mage et la crise industrielle li\u00e9e au manque de mati\u00e8res premi\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Tu \u00e9cris que la philosophie des Lumi\u00e8res a contribu\u00e9 \u00e0 forger une forme de conscience de classe chez la bourgeoisie. Sa diffusion \u00e9tait-elle si importante \u00e0 la veille de 1789, y compris en province\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>La diffusion des Lumi\u00e8res est loin d&rsquo;\u00eatre n\u00e9gligeable \u00e0 la fin du si\u00e8cle, et se fait par le biais des acad\u00e9mies, des loges ma\u00e7onniques, des salons, des caf\u00e9s et des livres. L&rsquo;\u00e9dition augmente consid\u00e9rablement au cours du XVIIIe si\u00e8cle et la presse se d\u00e9veloppe. Les id\u00e9es philosophiques se diffusent m\u00eame dans les classes populaires, surtout en ville, gr\u00e2ce au recul de l&rsquo;analphab\u00e9tisme, et par le biais de petits livres de vulgarisation contestant la religion catholique, les normes morales et sexuelles qu&rsquo;elle impose et le pouvoir absolu de la monarchie. Cependant, il y a des disparit\u00e9s r\u00e9gionales\u00a0: Paris, le Nord, la Vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, la Provence sont tr\u00e8s touch\u00e9s par les id\u00e9es des Lumi\u00e8res, alors que l&rsquo;impr\u00e9gnation est beaucoup moins forte en Bretagne, dans l&rsquo;Ouest, le Centre, le Massif central et les Alpes. Aussi, les \u00e9crits colport\u00e9s dans les campagnes traitent encore majoritairement de religion et de surnaturel. Il ne faut pas en rester \u00e0 la seule diffusion des id\u00e9es mais regarder quelles sont les pratiques. Par exemple, la pratique religieuse s&rsquo;effondre parmi les professions lib\u00e9rales et dans la bourgeoisie n\u00e9gociante. Il y a aussi dans certaines r\u00e9gions une baisse de la ferveur au sein des classes populaires.<\/p>\n<p><strong>\u00a0En ce qui concerne le monde rural, la classique vision, tr\u00e8s sombre, de paysans affam\u00e9s et surexploit\u00e9s par d\u2019impitoyables seigneurs est, depuis quelques temps, contrebalanc\u00e9e par une sorte de nostalgie de communaut\u00e9s villageoises pr\u00e9-capitalistes qui auraient \u00e9t\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9es par la solidarit\u00e9, l\u2019existence des communaux, etc. O\u00f9 est la v\u00e9rit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Cette nostalgie des soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9-capitalistes qu&rsquo;on rencontre dans certains milieux aujourd\u2019hui est probl\u00e9matique et m\u00e9riterait une critique d\u00e9velopp\u00e9e. Elle oublie les int\u00e9r\u00eats divergents au sein de la paysannerie. Les paysans ais\u00e9s qui poss\u00e8dent assez de terres vont tirer profit de la R\u00e9volution en achetant des biens nationaux, mais l&rsquo;essentiel de la paysannerie ne poss\u00e8de pas de terres ou pas assez pour vivre. Exploit\u00e9e, elle doit donner une partie des r\u00e9coltes au seigneur, une partie au clerg\u00e9, la d\u00eeme. Elle paie des redevances au seigneur et doit lui fournir des journ\u00e9es de travail, \u00e9videmment non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es. Ce dernier exerce sur la communaut\u00e9 villageoise des droits de police et de justice, ce qui n&rsquo;avantage pas les paysans lorsqu&rsquo;il y a des conflits, notamment sur la question des communaux. Lorsque Hazan \u00e9crit dans <em>Une Histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em> que les paysans vivaient le communisme primitif, c&rsquo;est compl\u00e8tement fantaisiste. L&rsquo;existence des communaux permet aux paysans d&rsquo;avoir acc\u00e8s \u00e0 des ressources, de faire pa\u00eetre les troupeaux, mais les nobles qui voient leurs revenus diminuer, tentent de s&rsquo;approprier ces terres pour les vendre. En 1761, un \u00e9dit royal permet de clore les terres et les pr\u00e9s dans le B\u00e9arn, en Champagne, en Lorraine et en Bourgogne, ce qui entra\u00eene de nombreux bris de cl\u00f4ture et de proc\u00e8s. Les paysans luttent pour conserver ces parcelles de terres, aid\u00e9s par les forts liens de solidarit\u00e9 qui les unissent, mais \u00e0 certains endroits il n&rsquo;y a plus de communaux.<\/p>\n<p>Aussi, la hausse des prix qui s\u00e9vit dans les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dant la R\u00e9volution aggrave les conditions de vie de nombreux paysans. L&rsquo;acc\u00e8s aux subsistances devient probl\u00e9matique. Par ailleurs, comme je l&rsquo;ai dit, il y a un d\u00e9but de prol\u00e9tarisation dans les campagnes. Les conditions d&rsquo;existence de la majorit\u00e9 des paysans dans les ann\u00e9es 1780 n&rsquo;ont vraiment rien d&rsquo;idyllique\u00a0! Ainsi, dans les cahiers de dol\u00e9ances en 1788, ils r\u00e9clament la fin de la d\u00eeme, des droits et de l&rsquo;autorit\u00e9 du seigneur, l&rsquo;abolition des droits f\u00e9odaux et la conservation des communaux. Cette exasp\u00e9ration si grande d\u00e9bouche sur des r\u00e9voltes au printemps 1789, qui reprennent \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de la m\u00eame ann\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abolition totale et d\u00e9finitive des derniers vestiges du syst\u00e8me f\u00e9odal en juillet 1793.<\/p>\n<p><strong>Certains expliquent le m\u00e9contentement et les r\u00e9voltes paysannes par la lib\u00e9ralisation croissante de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 la fin de l\u2019Ancien R\u00e9gime. Un lib\u00e9ralisme qui pourtant triomphe avec la r\u00e9volution. Qu\u2019en penses-tu\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a un d\u00e9but de lib\u00e9ralisation de l&rsquo;\u00e9conomie avant la R\u00e9volution, avec notamment la libert\u00e9 sur le prix des grains d\u00e9cid\u00e9 par Turgot ministre de Louis XVI. Cela engendre une mont\u00e9e en fl\u00e8che des prix et une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9meutes connue sous le nom de Guerre des farines, en 1775. Mais le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique ne r\u00e9ussit gu\u00e8re \u00e0 s&rsquo;appliquer dans la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Ancien r\u00e9gime marqu\u00e9 par la r\u00e9glementation. Il ne sera vraiment mis en pratique qu&rsquo;au d\u00e9but de la R\u00e9volution, avec l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de la bourgeoisie.<\/p>\n<p>Il faut relativiser le poids du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique dans le m\u00e9contentement des paysans. Ces derniers contestent en premier lieu les contraintes li\u00e9es au mode d&rsquo;exploitation f\u00e9odal. Aussi, ils sont confront\u00e9s \u00e0 la question fiscale. Ils doivent payer des redevances au seigneur, mais la pression fiscale de l\u2019\u00c9tat monarchique est plus lourde. Elle concerne les imp\u00f4ts indirects tels que la gabelle (imp\u00f4t sur le sel, produit de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 permettant la conservation des aliments). On peut ajouter que les paysans paient une redevance \u00e0 l\u2019\u00c9glise, la d\u00eeme. Enfin, la crise \u00e9conomique et son corollaire, la hausse des prix, devient tr\u00e8s probl\u00e9matique pour la majorit\u00e9 des paysans. Ajout\u00e9e aux rendements agricoles bas de la p\u00e9riode, d\u00fbs au manque de moyens dans l&rsquo;agriculture, et au contexte m\u00e9t\u00e9orologique d\u00e9favorable comme en 1787-1789, les c\u00e9r\u00e9ales, principale nourriture des travailleurs, atteignent alors des prix records.<\/p>\n<p><strong>En avril 1792, l\u2019Assembl\u00e9e d\u00e9clare la guerre \u00e0 l\u2019Autriche\u00a0: quel rapport entre lutte de classes et guerre\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Une partie de la bourgeoisie, les Girondins, pousse \u00e0 la guerre car elle permettra de d\u00e9tourner le m\u00e9contentement populaire sur une cible \u00e9trang\u00e8re. Le nationalisme et la guerre sont de puissants moyens aux mains de la bourgeoisie pour casser les luttes des travailleurs. Les premiers temps du conflit, marqu\u00e9s par les d\u00e9faites des arm\u00e9es fran\u00e7aises, modifient le rapport de force en faveur de ces derniers. Ils r\u00e9clament des mesures pour d\u00e9fendre le pays et la capitale, alors que la bourgeoisie girondine, tiraill\u00e9e entre sa peur des travailleurs et ses tergiversations au sujet des g\u00e9n\u00e9raux nobles qui cessent l&rsquo;offensive, car ils esp\u00e8rent l&rsquo;\u00e9crasement de la r\u00e9volution. est incapable de mener la guerre.<\/p>\n<p>Mais l&rsquo;intensification du conflit en 1793 am\u00e8ne de nombreux jeunes travailleurs \u00e0 partir aux arm\u00e9es. Les foyers du radicalisme r\u00e9volutionnaire, comme Paris, sont alors priv\u00e9s de militants. Aussi, une partie de la production se tourne vers l&rsquo;effort de guerre avec toutes les contraintes que cela induit pour les travailleurs. Ainsi, en 1793, le Comit\u00e9 de Salut public aux mains des Montagnards, tels que Saint-Just et Robespierre, centralise la production d&rsquo;armes \u00e0 Paris, dans le but de fournir un travail \u00e0 6 000 sans-culottes et de d\u00e9sarmer toute opposition du mouvement populaire. Des contraintes lourdes p\u00e8sent sur les travailleurs\u00a0: crit\u00e8res de production \u00e9lev\u00e9s, interdiction de changer d&#8217;emploi sans l&rsquo;accord d&rsquo;un superviseur, obligation de travailler de 6\u00a0h \u00e0 20\u00a0h, et seulement un jour de repos tous les dix jours. Cette mesure va mettre un frein \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 politique des ouvriers, d&rsquo;autant qu&rsquo;il leur est interdit de se rassembler. Cependant, les travailleurs parisiens de l&rsquo;armement se mettent en gr\u00e8ve \u00e0 partir de d\u00e9cembre 1793. A Nantes, o\u00f9 il y a des conflits du travail et des organisations ouvri\u00e8res fortes, les travailleurs, requis pour aller fabriquer des souliers pour l&rsquo;arm\u00e9e, ne cessent de demander des augmentations. Ces deux exemples montrent comment les conflits capital-travail viennent heurter les imp\u00e9ratifs de d\u00e9fense nationale. Or, les prol\u00e9taires en faiblesse num\u00e9rique \u00e0 cette \u00e9poque, ne peuvent pas imposer un r\u00e9el rapport de force. De plus, la reprise en main militaire \u00e0 partir de l&rsquo;automne 1793 et les victoires aux fronti\u00e8res tournent en faveur de la bourgeoisie. Celle-ci a moins besoin de l&rsquo;appui des travailleurs, ce qui permet aux Montagnards mod\u00e9r\u00e9s, tels que Danton et Desmoulins, de r\u00e9clamer la fin de la Terreur. A partir de d\u00e9cembre, la bourgeoisie montagnarde au pouvoir fait machine arri\u00e8re sur les concessions accord\u00e9es aux travailleurs. Si pr\u00eate de la victoire finale sur les arm\u00e9es coalis\u00e9es, elle ne veut surtout pas se laisser d\u00e9border, et met en place de puissants moyens d&rsquo;encadrement des travailleurs et de r\u00e9pression. Ces derniers n&rsquo;ont plus vraiment de libert\u00e9 d&rsquo;action sur le plan politique\u00a0: les sections et les soci\u00e9t\u00e9s populaires tombent sous le contr\u00f4le du gouvernement. Cependant, la lutte pour de meilleurs salaires et l&rsquo;acc\u00e8s aux subsistances continue, d&rsquo;autant que les mesures sociales accord\u00e9es par les Montagnards ne sont pas toutes appliqu\u00e9es. Il y a ainsi un v\u00e9ritable conflit de classe entre bourgeois montagnards et travailleurs. Mais la victoire de Fleurus en juin 1794 et la chute des robespierristes, le 9 thermidor (27 juillet 1794), am\u00e8nent la bourgeoisie \u00e0 liquider les soci\u00e9t\u00e9s populaires et ce qu&rsquo;il reste de protection sociale. Enfin, la r\u00e9pression de l&rsquo;insurrection parisienne de prairial (mai 1795) va lui permettre d\u2019\u00e9craser d\u00e9finitivement le mouvement populaire.<\/p>\n<p><strong>Tu \u00e9cris qu\u2019un \u00ab\u00a0nouveau jacobinisme\u00a0\u00bb se manifeste depuis quelque temps dans la critique historique mais aussi en politique. De quoi s\u2019agit-il\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>A partir de la fin des ann\u00e9es 1970, une offensive id\u00e9ologique, \u00e0 la faveur du reflux des luttes, disqualifie l&rsquo;id\u00e9e de r\u00e9volution et proclame la fin de la lutte des classes. Pour les historiens proches des analyses marxistes, plut\u00f4t jacobins, qui dominent alors le d\u00e9bat sur la R\u00e9volution fran\u00e7aise, c&rsquo;est un coup dur. Par ailleurs, la social-d\u00e9mocratie qui arrive au pouvoir en 1981 entreprend une politique d&rsquo;\u00e9conomie lib\u00e9rale et d&rsquo;attaques contre les travailleurs. Au moment du Bicentenaire de la R\u00e9volution, elle entend se d\u00e9marquer de ses \u00ab\u00a0grands anc\u00eatres\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire les Jacobins (Robespierre, Saint-Just&#8230;) compromis par la Terreur qu\u2019elle condamne.<\/p>\n<p>A partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les historiens jacobins retrouvent une audience: \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9, mais aussi aupr\u00e8s d&rsquo;un public et de m\u00e9dias politiquement \u00e0 gauche du P.S. Ils ont une analyse sociale de la R\u00e9volution, mais pas de classe. Ils abordent la question de la violence r\u00e9volutionnaire et de la Terreur, en enlevant tout le vernis stigmatisant qu&rsquo;ont mis les historiens contre-r\u00e9volutionnaires, et montrent que les classes populaires n&rsquo;avaient pas d&rsquo;autres choix pour lutter contre la r\u00e9action, ce qui est plut\u00f4t positif. Or ils oublient que la Terreur, une fois encadr\u00e9e et institutionnalis\u00e9e par les dirigeants montagnards et jacobins, a amorc\u00e9 le processus contre-r\u00e9volutionnaire en r\u00e9primant les luttes des travailleurs.<\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0nouveau jacobinisme\u00a0\u00bb est favoris\u00e9 par le contexte de crise \u00e9conomique, le ras-le-bol face aux politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9, qui passent par des attaques sur les conditions de travail et sur les services publics. On le retrouve dans des formations politiques tels que le Front de gauche, qui fait souvent r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Robespierre et aux Jacobins, ou encore Syriza en Gr\u00e8ce. Ces nouveaux jacobins esp\u00e8rent un capitalisme r\u00e9gul\u00e9, plus d&rsquo;intervention de l\u2019\u00c9tat dans le domaine \u00e9conomique, plus de d\u00e9mocratie, plus de social, plus de moyens dans les services publics, de meilleurs salaires. Leur programme co\u00efncide avec les aspirations d&rsquo;une partie de la petite bourgeoisie et peut s\u00e9duire des travailleurs. Ils pensent rallier les int\u00e9r\u00eats contradictoires de la petite bourgeoisie et du prol\u00e9tariat, avec notamment un \u00e9l\u00e9ment sens\u00e9 \u00eatre f\u00e9d\u00e9rateur\u00a0: le patriotisme. Ainsi, Tsipras, avant l&rsquo;\u00e9lection de son parti Syriza, a appel\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0une nouvelle alliance patriotique\u00a0\u00bb et a promis que son parti garantirait l\u2019ordre politique et social existant. Tout est dit.<\/p>\n<p><strong>Il semble qu\u2019une caract\u00e9ristique du \u00ab\u00a0jacobinisme\u00a0\u00bb soit de remplacer les rapports de classe ou de production par des prises de conscience individuelles des \u00ab\u00a0injustices\u00a0\u00bb de cette soci\u00e9t\u00e9. Certains membres des classes moyennes se r\u00eavent-ils aujourd\u2019hui en nouveaux jacobins, repr\u00e9sentants du \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb contre \u00ab\u00a0l\u2019oligarchie\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le jacobinisme d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, tout comme celui des ann\u00e9es 1790, ne remet pas en cause le rapport capital-travail, la propri\u00e9t\u00e9, l&rsquo;exploitation. Le probl\u00e8me demeure dans les \u00ab\u00a0abus\u00a0\u00bb du capitalisme qui g\u00e9n\u00e8rent des \u00ab\u00a0injustices\u00a0\u00bb. Face \u00e0 cela, des membres de la classe moyenne se posent en d\u00e9fenseurs du \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle entend repr\u00e9senter. Pour les Jacobins, le \u201cpeuple\u201d regroupe de fa\u00e7on contradictoire les travailleurs ind\u00e9pendants, les salari\u00e9s&#8230; bref tous ceux dont les int\u00e9r\u00eats s&rsquo;opposent au \u201cgrand capital\u201d. On retrouve ce type de discours chez les Indign\u00e9s: les 99\u00a0% contre le 1\u00a0%. Dans ce type d&rsquo;analyse, il n&rsquo;y a pas de place pour le prol\u00e9tariat, notamment en tant que force autonome. En plus de vouloir perp\u00e9tuer les contradictions du syst\u00e8me capitaliste, le jacobinisme n&rsquo;est nullement \u00e9mancipateur.<\/p>\n<p><strong>En annexe, tu reproduis <a href=\"http:\/\/www.troploin.fr\/node\/1\">ta critique (s\u00e9v\u00e8re) du livre d\u2019Eric Hazan, <em>Une histoire de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>, paru en 2012.<\/a> Que lui reproches-tu\u00a0? D\u2019\u00eatre partie prenante de ce nouveau jacobinisme\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Le projet de capitalisme humanis\u00e9 du nouveau jacobinisme est une illusion dangereuse pour le prol\u00e9tariat qui a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 combattre cette contre-r\u00e9volution de gauche. Donc oui je reproche \u00e0 Hazan d&rsquo;\u00eatre partie prenante de ce projet. De plus, il va plus loin que les historiens jacobins actuels en pourfendant sans nuance l&rsquo;analyse marxiste et en niant l&rsquo;existence des classes et de la lutte des classes.<\/p>\n<p><strong>Hazan \u00e9voque (lors d\u2019interviews) une R\u00e9volution fran\u00e7aise ayant abattu l\u2019Ancien R\u00e9gime presque sans violence, en particulier gr\u00e2ce au retournement de la Garde nationale. Est-il dans le vrai\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En juin 1789, les d\u00e9put\u00e9s bourgeois des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux se proclament Assembl\u00e9e nationale, d\u00e9cident de doter le pays d&rsquo;une constitution, le pouvoir royal est mis en \u00e9chec sans violence. Ce dernier s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 r\u00e9pliquer en concentrant des troupes autour de Paris, renvoie le ministre Necker qui a la confiance de la bourgeoisie r\u00e9volutionnaire, le ton monte ce qui d\u00e9bouche sur la Prise de la Bastille. Cette journ\u00e9e va permettre \u00e0 la bourgeoisie de consolider ses acquis, mais l&rsquo;assaut est violent\u00a0: une centaine de morts du c\u00f4t\u00e9 des assaillants. Certes les d\u00e9g\u00e2ts sont limit\u00e9s car les gardes fran\u00e7aises en poste dans la capitale refusent de r\u00e9primer les \u00e9meutiers. Mais l&rsquo;Ancien r\u00e9gime n&rsquo;est pas mort, sa structure \u00e9conomique perdure. Durant la nuit du 4 ao\u00fbt, le syst\u00e8me f\u00e9odal est partiellement aboli, or ce sont les luttes des paysans qui vont amener \u00e0 son abolition d\u00e9finitive. Durant les r\u00e9voltes agraires de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1789, la r\u00e9pression est sanglante, comme \u00e0 Cluny, en Sa\u00f4ne-et-Loire, o\u00f9 des paysans sont ex\u00e9cut\u00e9s. Mais le combat pour l&rsquo;abolition totale du f\u00e9odalisme continue avec la guerre des ch\u00e2teaux. Les gardes nationaux, charg\u00e9s de la r\u00e9pression, vont \u00e0 partir de 1791, dans certaines r\u00e9gions, se retourner en faveur des paysans.<\/p>\n<p><strong>Que penses-tu du parall\u00e8le dress\u00e9 par certains entre la France \u00e0 la veille de 1789 et la situation actuelle, \u00e0 cause notamment de l\u2019endettement de l\u2019Etat, du pr\u00e9tendu ras-le-bol fiscal, du \u00ab\u00a0m\u00e9contentement\u00a0\u00bb qui monte, etc.\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est toujours tr\u00e8s aventureux sur le plan de l&rsquo;analyse de faire des analogies entre des situations pass\u00e9es et pr\u00e9sentes. Aujourd&rsquo;hui, comme en 1789, il y a une crise \u00e9conomique profonde, un syst\u00e8me \u00e9conomique et social impossible \u00e0 r\u00e9former, un ras-le-bol des institutions politiques, l&rsquo;endettement de l\u2019\u00c9tat, une aggravation des conditions de vie des travailleurs, le ch\u00f4mage etc. Or ce sont deux contextes tr\u00e8s diff\u00e9rents\u00a0: en 1789, le mode d&rsquo;exploitation capitaliste \u00e9merge mais une grande partie des activit\u00e9s \u00e9conomiques est encore tourn\u00e9e vers l&rsquo;agriculture. La composition de classes de la soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas la m\u00eame. Surtout il y a une classe montante, la bourgeoisie, qui conteste les fondements sociaux, \u00e9conomiques et politiques de la soci\u00e9t\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, le prol\u00e9tariat n&rsquo;en est pas \u00e0 faire vaciller les structures dominantes. Face \u00e0 l&rsquo;offensive du capital, des travailleurs sont en lutte, cependant, pour le moment, il n&rsquo;y a pas de capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer le rapport capital-travail, \u00e0 imaginer autre chose. A la veille de la R\u00e9volution, les travailleurs avaient acquis des exp\u00e9riences de luttes et entrevoyaient un d\u00e9passement\u00a0: la fin du mode d&rsquo;exploitation f\u00e9odal par exemple. Enfin, dans les premiers mois de 1789, la flamb\u00e9e des prix g\u00e9n\u00e8re un nombre consid\u00e9rable d&rsquo;\u00e9meutes dans tout le pays, autour de l&rsquo;acc\u00e8s aux subsistances, aussi des ch\u00e2teaux sont pill\u00e9s et incendi\u00e9s comme en Provence. Nous ne connaissons pas aujourd&rsquo;hui un tel niveau de conflits de classe en France et en Europe.<\/p>\n<p><strong>\u00a0Ton \u00e9tude s\u2019arr\u00eate \u00e0 la chute de la monarchie en 1792\u00a0: quand pourrons-nous lire la suite\u00a0?<\/strong><br \/>\nJe ne sais pas encore. Je vais continuer cette synth\u00e8se entam\u00e9e sur la R\u00e9volution jusqu&rsquo;au coup d\u2019\u00c9tat de Brumaire en 1799. Par la suite, je souhaite publier un livre couvrant toute la p\u00e9riode, en reprenant ce que j\u2019ai \u00e9crit dans la brochure. Aussi, j&rsquo;aimerais approfondir certains points\u00a0: la constitution du prol\u00e9tariat \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, son implication dans la R\u00e9volution, son d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1830, marqu\u00e9es par les gr\u00e8ves de canuts en 1831 et 1834. La question du communisme de Babeuf me semble aussi tr\u00e8s int\u00e9ressante, ainsi que celle de la nation, du nationalisme et de la guerre, probl\u00e9matiques toujours d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>\u00a0F\u00e9vrier 2015<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0La brochure est disponible sur <a href=\"https:\/\/classesenlutte1789.noblogs.org\/\">classesenlutte1789.noblogs.org<\/a><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Sandra C. autour de la brochure R\u00e9volution bourgeoise et luttes de classes en France, 1789-1799 (1\u00e8re partie) publi\u00e9e en octobre 2014. DDT21: La R\u00e9volution fran\u00e7aise a eu lieu il y a plus de 200 ans\u00a0: en quoi importe-elle &hellip; <a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=350\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8284,"featured_media":0,"parent":596,"menu_order":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-350","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/350","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8284"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=350"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/350\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":367,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/350\/revisions\/367"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/596"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=350"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}