{"id":3241,"date":"2021-05-30T16:30:57","date_gmt":"2021-05-30T14:30:57","guid":{"rendered":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=3241"},"modified":"2021-05-30T16:42:22","modified_gmt":"2021-05-30T14:42:22","slug":"lpr-elle-est-lui-et-lui-est-elle-eros-japonais","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=3241","title":{"rendered":"LPR \/ Elle est lui et lui est elle (\u00c9ros japonais)"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/0.Elle-est-lui-et-lui-est-elle-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3242\" src=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/0.Elle-est-lui-et-lui-est-elle-1-197x300.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/0.Elle-est-lui-et-lui-est-elle-1-197x300.jpg 197w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/0.Elle-est-lui-et-lui-est-elle-1-674x1024.jpg 674w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/0.Elle-est-lui-et-lui-est-elle-1-768x1167.jpg 768w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/0.Elle-est-lui-et-lui-est-elle-1.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/><\/a>Samoura\u00ef, hara-kiri (mais la personne cultiv\u00e9e dit <i>seppuku<\/i>), geisha, kimono, yakusa, manga, sushi&#8230; autant de clich\u00e9s exotiques. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, le Japon a beau \u00eatre la troisi\u00e8me puissance mondiale, pour ce qui concerne l\u2019Asie, c\u2019est la Chine qui domine l\u2019imaginaire occidental contemporain. Bref, le Japon reste mal connu. Un livre r\u00e9cent de Philippe Pons et Pierre-Fran\u00e7ois Souyri aide \u00e0 en savoir davantage\u00a0: non seulement <i>L\u2019Esprit de plaisir. Une Histoire de la sexualit\u00e9 et de l\u2019\u00e9rotisme au Japon (XVII<\/i><sup><i>e<\/i><\/sup><i>-XX<\/i><sup><i>e<\/i><\/sup><i> si\u00e8cles) <\/i>traite fort bien ce qu\u2019annonce son titre, mais il offre aussi une histoire sociale du Japon des quatre derniers si\u00e8cles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Samoura\u00efs et marchands<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A partir du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le Japon unifi\u00e9 conna\u00eet une paix civile et se ferme aux \u00e9trangers (un seul port est autoris\u00e9 \u00e0 commercer avec l\u2019ext\u00e9rieur). Le pays est divis\u00e9 en 260 seigneuries, r\u00e9gies par une caste aristocratique organis\u00e9e en une pyramide hi\u00e9rarchique avec \u00e0 son sommet la cour imp\u00e9riale. Au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, Tokyo (appel\u00e9 Edo jusqu\u2019en 1868) compte un million d\u2019habitants\u00a0: la moiti\u00e9 sont des guerriers et leurs familles. Mais en raison de l\u2019absence de troubles internes et de conflits ext\u00e9rieurs (jusqu\u2019\u00e0 l\u2019attaque japonaise contre la Chine fin XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), ces guerriers ne font plus la guerre, exercent un r\u00f4le administratif et de police sans rapport direct avec leur fonction et leur image originelles, et beaucoup s\u2019appauvrissent.<br \/>\nParall\u00e8lement, la prosp\u00e9rit\u00e9 marchande et une civilisation de plus en plus urbaine favorisent l\u2019ascension d\u2019une riche classe commer\u00e7ante. Priv\u00e9 de pouvoir politique, ce groupe est porteur d\u2019une \u00ab\u00a0nouvelle culture\u00a0\u00bb tendant \u00e0 s\u2019\u00e9manciper des normes aristocratiques strictes (Pons et Souyri, p.\u00a0187-189\u00a0; sauf indication contraire, toutes les citations sont extraites de leur ouvrage). Dans le m\u00eame temps, progressent la lecture et la diffusion des livres, sous la surveillance du pouvoir imp\u00e9rial\u00a0: s\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 bannir toute critique politique, il contr\u00f4le mal l\u2019\u00e9dition, et moins encore les m\u0153urs de la vie quotidienne.<br \/>\nPar r\u00e9action \u00e0 sa perte de fonction et de revenu, la caste des samoura\u00efs se replie sur ses valeurs viriles et minorise plus encore la place des femmes (celles de l\u2019\u00e9lite cessent d\u2019\u00e9crire ou de faire conna\u00eetre leurs \u00e9crits).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Montrer et dire le corps<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une des diff\u00e9rences entre l\u2019Europe et le Japon, c\u2019est la tr\u00e8s faible influence du jud\u00e9o-christianisme dans ce pays.<br \/>\nLa Bible fonde sa morale, ses normes et ses interdits sur une Loi d\u2019origine divine, ext\u00e9rieure au monde sensible, Loi dont le principe est d\u2019\u00e9chapper aux \u00eatres humains, puisqu\u2019ils ont perdu le Paradis pour avoir os\u00e9 vouloir conna\u00eetre la diff\u00e9rence entre le Bien et le Mal. Par ailleurs, quoique le texte de la Gen\u00e8se ne le dise pas, l\u2019interpr\u00e9tation abusive mais la plus courante attribue la responsabilit\u00e9 de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler \u00ab\u00a0la Chute\u00a0\u00bb \u00e0 \u00c8ve, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une femme, et finalement \u00e0 la sexualit\u00e9. (Le catholicisme va plus loin encore dans ce sens avec le culte marial de la m\u00e8re-vierge.) De plus, mis \u00e0 part le toujours cit\u00e9 <i>Cantique des cantiques<\/i>, la Bible c\u00e9l\u00e8bre bien peu le corps.<br \/>\nLe confucianisme, lui, introduit au Japon \u00e0 partir du V<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, met au premier plan l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019\u00e9tablir et maintenir l\u2019\u00e9quilibre social en ce bas-monde. Le souverain (l\u2019\u00e9lite dirigeante) doit veiller au bien public\u00a0: en \u00e9change, le peuple doit respecter l\u2019ordre. Norme, interdit et culpabilit\u00e9 sont beaucoup plus <i>directement<\/i> sociaux, et d\u2019origine humaine, que religieux.<br \/>\nContrairement \u00e0 la \u00ab\u00a0transcendance\u00a0\u00bb caract\u00e9ristique des trois grands monoth\u00e9ismes \u2013 juif, chr\u00e9tien et musulman \u2013, cette vision \u00ab\u00a0immanente\u00a0\u00bb ne renvoie pas \u00e0 un autre monde qui par essence nous d\u00e9passerait.<br \/>\nSi le respect des hi\u00e9rarchies va de soi, rien n\u2019emp\u00eache donc de consid\u00e9rer la sexualit\u00e9 comme positive, dicible, repr\u00e9sentable, et m\u00eame de la mettre en spectacle \u00e0 condition qu\u2019elle contribue \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de la \u00ab\u00a0maisonn\u00e9e\u00a0\u00bb (p. 43-45) et de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. Au Japon, les \u00ab\u00a0manuels de plaisir\u00a0\u00bb \u00e9taient plus r\u00e9pandus qu\u2019en Occident, on participait \u00e0 des f\u00eates de f\u00e9condit\u00e9, on v\u00e9n\u00e9rait des statues de phallus et de vulve, et il se pratiquait des danses \u00e9rotiques dans le culte shinto (ensemble de croyances populaires voisines de l\u2019animisme et du chamanisme, idol\u00e2trant les forces de la nature sous forme d\u2019une multitude de divinit\u00e9s locales).<br \/>\nCertes, le christianisme ne manque pas d\u2019images charnelles, voire \u00ab\u00a0obsc\u00e8nes\u00a0\u00bb, ajoutant parfois des p\u00e9nis aux gargouilles de ses \u00e9glises, mais cela reste marginal, h\u00e9r\u00e9tique, l\u2019exception confirmant la r\u00e8gle, loin de la large popularit\u00e9 des repr\u00e9sentations ouvertement sexuelles visibles et accept\u00e9es dans une grande partie de l\u2019Orient. En mati\u00e8re de sexualit\u00e9, ce qui peut \u00eatre dit et expos\u00e9, publiquement et culturellement, dans les arts \u00e9litaires comme sous des formes populaires, \u00e9tait infiniment plus \u00e9tendu au Japon qu\u2019en Europe ou aux \u00c9tats-Unis.<br \/>\nCertes, la contrainte et l\u2019auto-censure morale pesait plus sur les samoura\u00efs que dans le peuple, car il leur fallait assurer une lign\u00e9e, donc contr\u00f4ler \u00e9troitement les \u00e9pouses, avant le mariage (virginit\u00e9 n\u00e9cessaire) comme apr\u00e8s. Dans le m\u00eame temps, les hommes d\u2019armes vivaient entre eux dans un monde masculin, et pratiquaient l\u2019\u00ab\u00a0amour des gar\u00e7ons\u00a0\u00bb (<i>nanshoku<\/i>), fr\u00e9quent surtout jusqu\u2019au milieu du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, reconnu, admis\u00a0et r\u00e9pandu, le rapport ma\u00eetre\/\u00e9l\u00e8ve, ou homme m\u00fbr\/adolescent ou homme jeune, rappelant quelque peu la relation d\u2019apprentissage et de d\u00e9pendance entre l\u2019<i>\u00e9raste<\/i> et l\u2019<i>\u00e9rom\u00e8ne<\/i> en Gr\u00e8ce antique. Il n\u2019\u00e9tait\u00a0\u00e9galement pas rare d\u2019habiller en fille un adolescent.<br \/>\nPar ailleurs, le bouddhisme, venu au Japon \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que le confucianisme, affirme l\u2019impermanence et l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 du monde, la futilit\u00e9 de tout, et pr\u00f4ne le d\u00e9tachement\u00a0: \u00ab <i>alors autant jouir de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re du pur bonheur, des sens sans dessus dessous, des d\u00e9sordres de la chair<\/i> \u00bb (Fran\u00e7ois Lachaud\u00a0: cf. \u00ab\u00a0A lire &amp; \u00e0 voir\u00a0\u00bb)<br \/>\n\u00c0 la diff\u00e9rence des comportements alors dominants en Europe, les Japonais avaient une moindre crainte, et une plus forte tendance, \u00e0 montrer le corps et \u00e0 le dire. La nudit\u00e9 des bains publics mixtes \u00e9tonnait les voyageurs occidentaux. Ainsi que dans le naturisme occidental, cette pratique peut d\u2019ailleurs relever simplement de l\u2019hygi\u00e9nisme, et perdre sa charge \u00e9rotique\u00a0: au Japon, \u00ab <i>la nudit\u00e9 est vue mais n\u2019est pas regard\u00e9e<\/i>\u00a0\u00bb, observait un Anglais au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<br \/>\nDe m\u00eame la natation, devenue tardivement populaire en Europe, est une tradition mill\u00e9naire au Japon, \u00e0 la fois sport et activit\u00e9 populaire. Il arrivait que des familles enti\u00e8res traversent un lac, nues, parfois sur des kilom\u00e8tres, pour atteindre une petite \u00eele, un sac de pique-nique accroch\u00e9 \u00e0 la t\u00eate, quand beaucoup d\u2019Europ\u00e9ens ne savaient pas nager, et qu\u2019il faudra attendre le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle pour que naissent le go\u00fbt et la fascination des plages de la Manche ou de la mer du Nord.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Th\u00e9\u00e2tre<\/b>\u00a0<b>androgyne<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Longtemps chanteuses et danseuses ont pratiqu\u00e9 leur art habill\u00e9es en hommes. Les costumes de Cour eux-m\u00eames refl\u00e9taient une \u00ab\u00a0<i>ambigu\u00eft\u00e9 de genre<\/i>\u00a0\u00bb. En 1629, les femmes furent bannies de la sc\u00e8ne, et leurs r\u00f4les d\u00e8s lors tenus par des hommes, tr\u00e8s jeunes et d\u2019allure suppos\u00e9e \u00ab\u00a0f\u00e9minine\u00a0\u00bb. Au milieu du si\u00e8cle, ce sont des acteurs masculins adultes qui jouent tous les r\u00f4les, certains sp\u00e9cialis\u00e9s dans un registre f\u00e9minin, et souvent adul\u00e9s par le public. Les femmes ne monteront \u00e0 nouveau sur les planches qu\u2019en 1877.<br \/>\nDans tout cela, \u00ab\u00a0<i>L\u2019androgynie n\u2019\u00e9tait en rien per\u00e7ue comme un d\u00e9sordre mental mais comme un privil\u00e8ge sacr\u00e9. La fusion des deux beaut\u00e9s, masculine et f\u00e9minine, \u00e9tait appr\u00e9ci\u00e9e au plus haut point.<\/i>\u00a0\u00bb (p. 101)<br \/>\nJusqu\u2019au d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le th\u00e9\u00e2tre \u00e9tait \u00ab\u00a0<i>fortement \u00e9rotis\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb (p.\u00a0104), ensuite la censure s\u2019est efforc\u00e9e d\u2019y mettre fin, mais la r\u00e9p\u00e9tition des interdits et des d\u00e9crets indique leur efficacit\u00e9 tr\u00e8s relative. La r\u00e9pression des m\u0153urs qui s\u00e9vit de la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au milieu du XIX<sup>e<\/sup> n\u2019entravait pas la circulation et la vente au grand jour de ce qui a nom aujourd\u2019hui \u00ab\u00a0pornographie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0jouets sexuels\u00a0\u00bb. Les quartiers dits de plaisir, en fait foyers de domination masculine, comportaient un quartier des gar\u00e7ons, mais ce type de lieu d\u00e9cline mi-XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle comme espace de sociabilit\u00e9.<br \/>\nQuant \u00e0 la geisha, son sens moderne n\u2019appara\u00eet qu\u2019au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019origine, le mot d\u00e9signait une personne, homme ou femme, qui pratique un art, puis au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle il s\u2019applique \u00e0 un homme, ensuite de plus en plus sinon exclusivement \u00e0 une femme. Dans les premiers temps, elle n\u2019assurait de service sexuel qu&rsquo;occasionnellement, apr\u00e8s la performance artistique qui \u00e9tait l&rsquo;objet de sa prestation (musique, danse, r\u00e9citation de po\u00e9sie). Le mythe de la geisha id\u00e9alise une r\u00e9alit\u00e9 peu raffin\u00e9e, soumise \u00e0 l\u2019argent et \u00e0 la contrainte (hi\u00e9rarchie, domination masculine&#8230;), entre autres par la pratique de la d\u00e9floration ritualis\u00e9e et tarif\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>1868-1918\u00a0: discipliner<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En 1853, Nagasaki \u00e9tait l\u2019unique port ouvert aux \u00e9trangers. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, en venant mouiller sans invitation dans la baie de Tokyo&#8230; et en mena\u00e7ant rien moins que de bombarder la ville, des navires de guerre am\u00e9ricains d\u00e9montrent l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 d\u2019un pays bient\u00f4t forc\u00e9 de s\u2019ouvrir au commerce international. En r\u00e9action, le Japon va s\u2019industrialiser et moderniser son syst\u00e8me politique et administratif, voie que ne voulaient ni ne pouvaient suivre tous les pays aux prises avec les imp\u00e9rialismes occidentaux.<br \/>\nL\u2019\u00e8re Meiji (\u00ab\u00a0\u00e9clair\u00e9e\u00a0\u00bb), qui officiellement se d\u00e9roule de 1868 \u00e0 1912, va r\u00e9glementer les usages et les mentalit\u00e9s. L\u2019\u00e9lite r\u00e9nov\u00e9e reprend le traditionalisme h\u00e9rit\u00e9 du confucianisme, et forge une morale \u00ab\u00a0nationale\u00a0\u00bb avec encadrement militaire de la jeunesse et red\u00e9couverte de l\u2019image sublim\u00e9e et h\u00e9ro\u00efs\u00e9e du guerrier. Une certaine \u00ab\u00a0libert\u00e9 des m\u0153urs\u00a0\u00bb passe \u00e0 la semi-clandestinit\u00e9.<br \/>\n\u00ab\u00a0<i>L\u2019art \u00e9rotique et la permissivit\u00e9 des m\u0153urs avaient fait pousser de hauts cris aux premiers Occidentaux \u00e0 se rendre au Japon apr\u00e8s son ouverture. Les \u00c9tats imp\u00e9rialistes de l\u2019\u00e9poque trouvaient au demeurant dans ces m\u0153urs \u00ab\u00a0<\/i>barbares<i>\u00a0\u00bb un argument suppl\u00e9mentaire justifiant que le Japon f\u00fbt maintenu dans une situation de subordination par les <\/i>\u00ab\u00a0trait\u00e9s in\u00e9gaux\u00a0\u00bb<i>. Aussi le nouveau pouvoir s\u2019empressa-t-il de condamner les pratiques sexuelles h\u00e9rit\u00e9es de l\u2019Histoire pour \u00e9lever le puritanisme de la bourgeoisie occidentale au rang de vertu publique.<\/i>\u00a0\u00bb(p. 224)<br \/>\nLes juristes japonais empruntent alors au Code P\u00e9nal fran\u00e7ais, les militaires b\u00e9n\u00e9ficient des exemples am\u00e9ricain, britannique, allemand et fran\u00e7ais, les moralistes imitent le \u00ab\u00a0victorianisme\u00a0\u00bb anglais, et les psychologues s\u2019inspirent des concepts et des techniques de la toute r\u00e9cente science occidentale de la \u00ab\u00a0sexualit\u00e9\u00a0\u00bb, qui distingue le normal du pathologique et le sain du pervers \u00e0 l\u2019aide de cat\u00e9gories comme \u00ab\u00a0homosexualit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0bisexualit\u00e9\u00a0\u00bb&#8230; Des mots comme <i>sei<\/i> (sexe dans le sens scientifique) ou <i>seiyoku<\/i>\u00a0(libido) [&#8230;] <i>\u00e9vinc\u00e8rent des notions riches comme<\/i> <i>iro<\/i> (plaisir)\u00a0\u00bb (p. 248).<br \/>\n\u00ab\u00a0<i>Les nouvelles normes m\u00e9dico-l\u00e9gales s\u2019impos\u00e8rent lentement dans les couches populaires tandis qu\u2019une prostitution non contr\u00f4l\u00e9e d\u00e9bordait les enclaves des quartiers r\u00e9serv\u00e9s et qu\u2019apparaissait un florissant march\u00e9 pornographique clandestin. Bien des pratiques condamn\u00e9es se firent en outre simplement plus discr\u00e8tes.<\/i>\u00a0\u00bb (p. 248-249)<br \/>\nAinsi convergent des valeurs familiales h\u00e9rit\u00e9es du conservatisme confuc\u00e9en, la promotion de la natalit\u00e9, la procr\u00e9ation au service de l\u2019\u00c9tat (produire des travailleurs et des soldats), l\u2019hygi\u00e9nisme, l\u2019eug\u00e9nisme&#8230;<br \/>\n\u00c0 ce p\u00f4le positif, s\u2019oppose le <i>waisetsu<\/i>, que l\u2019on pourrait traduire par \u00ab\u00a0obsc\u00e9nit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: jusque-l\u00e0 r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ce qui troublait l\u2019\u00e9quilibre social, mais pas sp\u00e9cialement les m\u0153urs sexuelles, il s\u2019applique maintenant plus particuli\u00e8rement \u00e0 ce qui choque la pudeur, la respectabilit\u00e9 et la biens\u00e9ance. Notion tr\u00e8s \u00e9lastique, elle l\u00e9gitime la condamnation de l\u2019allaitement dans la rue au regard de tous, la fermeture des bains publics mixtes, l\u2019interdiction (respect\u00e9e ou non) du travestissement, le remplacement de \u00ab\u00a0<i>la coutume des rencontres de groupes de jeunes des deux sexes<\/i> [&#8230;] <i>par des associations patronn\u00e9es par les autorit\u00e9s<\/i>\u00a0\u00bb, la d\u00e9sapprobation du tatouage, la sacralisation de la virginit\u00e9 et de la chastet\u00e9 de la femme (\u00ab\u00a0<i>ce qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 le cas auparavant dans les couches populaires<\/i>\u00a0\u00bb), ou l\u2019encouragement apport\u00e9 aux mariages arrang\u00e9s par la famille, jusque-l\u00e0 pratique courante de l\u2019\u00e9lite, notamment aristocratique, mais relativement rare dans le petit peuple. (240-242)<br \/>\nEn un mot, une tendance \u00e0 la moralisation des classes populaires, \u00ab\u00a0<i>comme si modernisation, int\u00e9riorisation (autocensure) et interdiction fonctionnaient de concert.<\/i>\u00a0\u00bb (p. 120) On voulait la femme travailleuse hors du foyer (et en cela \u00ab\u00a0moderne\u00a0\u00bb), mais aussi \u00e9pouse soumise et bonne m\u00e8re.<br \/>\n\u00ab\u00a0<i>En rompant avec l\u2019ars erotica<\/i> [&#8230;]<i>, l\u2019\u00c9tat entendait corseter les m\u0153urs en r\u00e9gulant les pulsions et en r\u00e9primant les sexualit\u00e9s disparates pour canaliser les \u00e9nergies vers la procr\u00e9ation et la production.<\/i> [&#8230;] <i>En se modernisant, l\u2019archipel se trouva de fait confront\u00e9 <\/i>[\u00e0 la]<i> recomposition des classes sociales au fil d\u2019une prol\u00e9tarisation d\u2019une partie de la paysannerie venue grossir les rangs d\u2019une pl\u00e8be urbaine qu\u2019il fallait contr\u00f4ler et mettre au travail. Avec des variantes tenant au contexte socioculturel, la volont\u00e9 d\u2019assujettissement releva au Japon comme en Europe d\u2019une m\u00eame volont\u00e9 de discipliner un prol\u00e9tariat naissant. Comme leurs homologues europ\u00e9ens, les dirigeants de Meiji comprirent rapidement que le travail et le plaisir \u00e9taient antinomiques dans la civilisation industrielle<\/i>\u00a0\u00bb (p. 230)<br \/>\nRefusant la perte de leurs privil\u00e8ges, une minorit\u00e9 des samoura\u00efs s\u2019\u00e9tait lanc\u00e9e dans une r\u00e9volte \u00e9cras\u00e9e en 1877, mais beaucoup se reconvertirent en cadres du nouveau syst\u00e8me politique et militaire. De plus, dans son \u00e9volution vers une monarchie constitutionnelle autoritaire, le Japon promeut une \u00ab\u00a0samoura\u00efsation\u00a0\u00bb, r\u00e9inventant sa mythologie guerri\u00e8re pass\u00e9e pour la mettre au service d\u2019un \u00c9tat nationaliste et expansionniste (occupation de r\u00e9gions chinoises, guerre contre la Russie, et colonisation<b> <\/b>de la Cor\u00e9e).<br \/>\nDans l\u2019arm\u00e9e japonaise moderne, le r\u00f4le d\u2019encadrement de jeunes hommes par des samoura\u00efs adultes d\u00e9cline, et avec lui le go\u00fbt des gar\u00e7ons\/adolescents, aussi le samoura\u00ef se tourne davantage vers les femmes. \u00ab\u00a0L\u2019homosexualit\u00e9\u00a0\u00bb devient une pratique et une cat\u00e9gorie \u00e0 part : le <i>nanshoku<\/i> (go\u00fbt des gar\u00e7ons) c\u00e8de la place au <i>d\u00f4seiai<\/i> (amour entre personnes de m\u00eame sexe).<br \/>\nTout ne se calque pourtant pas sur le mod\u00e8le occidental. Apr\u00e8s la victoire contre la Russie en 1905, sur une estampe anonyme mais c\u00e9l\u00e8bre, un soldat japonais sodomise un ennemi russe. Ce trait homophobique n\u2019a rien de sp\u00e9cifiquement nippon, mais ce qui resterait en France ou en Allemagne une blague grossi\u00e8re difficilement exprimable en public (\u00ab\u00a0On les encule\u00a0!\u00a0\u00bb) circule au Soleil levant sous forme d\u2019une \u0153uvre artistique largement diffus\u00e9e. Par comparaison, sur une carte postale anglaise de la m\u00eame \u00e9poque traitant des m\u00eames \u00e9v\u00e9nements (la prise Port-Arthur), les t\u00eates des soldats japonais sont remplac\u00e9es par des fesses nues, qui utilisent leurs pets comme armes en guise de fusil\u00a0: humour raciste plus scatologique qu\u2019\u00e9rotique.<br \/>\nComme on l\u2019a vu, les m\u0153urs et les contraintes sexuelles variaient consid\u00e9rablement selon le milieu social, et la \u00ab\u00a0d\u00e9couverte\u00a0\u00bb des amours f\u00e9minines n\u2019y \u00e9chappe pas\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Les amours entre filles dans les couches populaires \u2013 comme leur sort \u2013 n\u2019attiraient gu\u00e8re l\u2019attention. En revanche, l\u2019homosexualit\u00e9 chez les coll\u00e9giennes, dont la presse estimait en 1911 qu\u2019elle \u00e9tait plus r\u00e9pandue que chez les gar\u00e7ons, perturbait l\u2019ordre social bourgeois par l\u2019autonomie que celles-ci s\u2019arrogeaient (en mati\u00e8re de sentiments et d\u2019\u00e9motions intimes).\u00a0<\/i>\u00bb (p. 347)<br \/>\nEn r\u00e9sum\u00e9, l\u2019\u00e9poque est marqu\u00e9e par l\u2019\u00e9clipse de l\u2019\u00e9rotisme devant un \u00ab\u00a0<i>amour romantique<\/i>\u00a0\u00bb sublim\u00e9 mais d\u00e9sincarn\u00e9, par la censure de l\u2019art \u00e9rotique (qui n\u2019en dispara\u00eet pas pour autant) au profit d\u2019\u00ab\u00a0une science sexuelle\u00a0\u00bb, et par la mus\u00e9ification de l\u2019homo-\u00e9rotisme du guerrier.<br \/>\nEn parall\u00e8le, la geisha mythifi\u00e9e, \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la hauteur d\u2019embl\u00e8me \u00ab\u00a0<i>d\u2019une \u00e9rotique raffin\u00e9e<\/i>\u00a0\u00bb, passe pour l\u2019\u00ab\u00a0<i>incarnation sublim\u00e9e de la f\u00e9minit\u00e9 japonaise<\/i>\u00a0\u00bb (p. 276). Dans la r\u00e9alit\u00e9, la prostitution l\u00e9gale et ill\u00e9gale\u00a0prolif\u00e8re, aggravant le sort des femmes amen\u00e9es \u00e0 s\u2019y livrer.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Ann\u00e9es 1920\u00a0: \u00e9rotique, grotesque, absurde et <i>Engels girl<\/i><\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au Japon, la d\u00e9cennie qui suit 1918 n\u2019est pas sans rapport avec les \u00ab\u00a0ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb aux \u00c9tats-Unis ou les \u00ab\u00a0ann\u00e9es dor\u00e9es\u00a0\u00bb dans l\u2019Allemagne de Weimar\u00a0: essor des \u00ab\u00a0grands magasins\u00a0\u00bb, v\u00eatements occidentaux, apparente lib\u00e9ration des m\u0153urs, publicit\u00e9 tapageuse, n\u00e9ologismes\u00a0d\u00e9riv\u00e9s de l\u2019anglais (<i>shop girl<\/i>, <i>office girl<\/i>, <i>gasoline girl<\/i> \u2013 pompiste \u2013 et m\u00eame <i>Engels girl<\/i> \u2013 politis\u00e9e)&#8230; En fait, expliquent Pons et Souyri, il s\u2019agit au mieux d\u2019\u00ab\u00a0<i>une \u00e9mancipation tr\u00e9buchante<\/i>\u00a0\u00bb: les femmes \u00ab\u00a0<i>entr\u00e9es sur le march\u00e9 du travail \u2013 et participant pour une petite minorit\u00e9 aux luttes ouvri\u00e8res \u2013<\/i> [&#8230;] <i>p\u00e8sent surtout dans la culture de masse en tant que consommatrices<\/i>\u00a0\u00bb (p. 322).<br \/>\nC\u2019est l\u2019\u00e9poque de l\u2019<i>ero-guro-nansensu<\/i> (\u00e9rotique, grotesque, et absurde ou nonsens), \u00ab\u00a0<i>ph\u00e9nom\u00e8ne social autant que culturel<\/i>\u00a0\u00bb, et son go\u00fbt du grin\u00e7ant, du bizarre, du morbide, voire de l\u2019atroce et du sado-masochisme. Mais aussi de la <i>modan g\u00e2ru<\/i> (<i>modern girl<\/i>), image c\u00e9l\u00e8bre mais minoritaire, cens\u00e9e cultiver le \u00ab\u00a0<i>brouillage des genres<\/i>\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Elle est lui et lui est elle<\/i>\u00a0\u00bb (p. 351-356). Agitation des m\u0153urs plus que r\u00e9volution, le ph\u00e9nom\u00e8ne restera sans lendemain \u2013 et ne refera surface qu\u2019apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Ann\u00e9es 1930\u00a0: Mobilisation nationaliste\u00a0et scandale<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La crise de 1929 entra\u00eene la fermeture des march\u00e9s \u00e9trangers, un manque de mati\u00e8res premi\u00e8res, et une chute de la production industrielle\u00a0: celle-ci ne se rel\u00e8ve qu\u2019avec la mont\u00e9e des d\u00e9penses d\u2019armement dues \u00e0 la militarisation d\u2019un pays qui r\u00e9sout ses conflits dans une fuite en avant imp\u00e9rialiste. \u00c0 la crise \u00e9conomique s\u2019ajoute en effet le d\u00e9s\u00e9quilibre social et politique\u00a0: \u00e9meutes, r\u00e9pression du mouvement ouvrier, division de la classe dirigeante, instabilit\u00e9 gouvernementale, assassinat du premier ministre en 1932, tentative de coup d\u2019\u00c9tat en 1936, aboutissant \u00e0 la confiscation du pouvoir civil par l\u2019\u00e9tat-major. De 1931 (invasion de la Mandchourie) et plus encore \u00e0 partir de 1937 (d\u00e9but du conflit total avec la Chine), jusqu\u2019en 1945, le Japon vivra en guerre permanente.<br \/>\n\u00ab\u00a0<i>Mobilisation spirituelle<\/i>\u00a0\u00bb nationaliste et d\u00e9veloppement de la prostitution, l\u00e9gale ou non, font bon m\u00e9nage, jusqu\u2019aux bordels militaires, dont les pensionnaires sont en majorit\u00e9 cor\u00e9ennes mais parfois aussi japonaises.<br \/>\nEn 1936, un fait-divers sanglant hors-norme fait sensation, perturbant le conformisme moral, ou plut\u00f4t le compl\u00e9tant car tout scandale fonctionne \u00e0 la fois comme r\u00e9v\u00e9lateur social et comme catharsis\u00a0:<br \/>\nUne prostitu\u00e9e de 31 ans, Abe Sada, et un de ses clients devenu son amant partagent une passion si violente que la femme, dans un jeu d\u2019\u00e9tranglement \u00e9rotique, tue son partenaire, tranche son p\u00e9nis, l\u2019emporte, avant de se laisser arr\u00eater par la police deux jours plus tard. On a pu voir dans son acte \u00ab\u00a0<i>l\u2019expression d\u2019une forme de r\u00e9sistance non politique \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 oppressive qui ne pouvait concevoir le d\u00e9sir sexuel f\u00e9minin que sur le mode pathologiqu<\/i>e\u00a0\u00bb (p. 371) Condamn\u00e9e \u00e0 six ans de prison, lib\u00e9r\u00e9e en 1941, elle \u00e9crit son autobiographie et se met plus tard elle-m\u00eame en sc\u00e8ne dans un spectacle de bar. L\u2019\u00e9cho de l\u2019\u00e9v\u00e9nement se perp\u00e9tue jusqu\u2019\u00e0 nos jours, donnant lieu \u00e0 une succession de livres, de documentaires, \u00e0 plusieurs films de fiction (le plus r\u00e9cent en 2011), des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, des chansons&#8230; Ade Sada reste interpr\u00e9t\u00e9e en tous sens\u00a0: femme \u00ab\u00a0venimeuse\u00a0\u00bb, h\u00e9ro\u00efne de l\u2019amour fou, rebelle anti-totalitariste, f\u00e9ministe en lutte contre le patriarcat&#8230; Elle illustre la force irr\u00e9pressible du d\u00e9sir, mais aussi sa spectacularisation. Comme l\u2019\u00e9crira un de ses biographes\u00a0: \u00ab\u00a0<i>L\u2019image que l\u2019on avait construite d\u2019elle \u00e9tait devenue une prison sans mur<\/i>\u00a0\u00bb.<br \/>\nAvant de s\u2019effacer\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Un jour, elle partit avec ses \u00e9conomies et pour tout bagage un kimono d\u2019\u00e9t\u00e9. Personne ne sait ce qu\u2019elle devint.<\/i>\u00a0\u00bb (p. 373)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Apr\u00e8s 1945\u00a0: <\/b><i><b>eroduction<\/b><\/i><b> et censure<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au lendemain de sa d\u00e9faite, le Japon se transforme en d\u00e9mocratie parlementaire (y compris en accordant le droit de vote aux\u00a0femmes) fermement encadr\u00e9e (le Parti Lib\u00e9ral-D\u00e9mocrate, principale force conservatrice, monopolisera le pouvoir pendant plusieurs d\u00e9cennies).<br \/>\nLes \u00c9tats-Unis sont ma\u00eetres du pays jusqu\u2019en 1952\u00a0: \u00ab\u00a0<i>l\u2019occupant encourageait les trois \u00ab\u00a0S\u00a0\u00bb (sport, spectacle et sexe) comme d\u00e9rivatif<\/i>\u00a0\u00bb (p. 387). On ne pouvait montrer \u00e0 l\u2019\u00e9cran ni soldats ni orphelins, les films patriotiques et imp\u00e9rialistes r\u00e9alis\u00e9s avant 1945 \u00e9taient interdits, une dose excessive de nudit\u00e9 aussi, mais la \u00ab\u00a0romance\u00a0\u00bb \u00e9tait encourag\u00e9e.<br \/>\nC\u2019est ensuite\u00a0l\u2019essor du \u00ab\u00a0<i>sexe-spectacle<\/i>\u00a0\u00bb (p. 398-402), entre autres des exhibitions de femmes nues, et d\u2019une presse \u00ab\u00a0<i>\u00e9rotico-pornographique\u00a0<\/i>\u00bb florissante, alors quasi-clandestine aux \u00c9tats-Unis. En 1958, le prox\u00e9n\u00e9tisme de ce qu\u2019on appelait en France les filles \u00ab\u00a0en maison\u00a0\u00bb est d\u00e9clar\u00e9 ill\u00e9gal, obligeant la prostitution organis\u00e9e \u00e0 \u00e9voluer vers plus de discr\u00e9tion. A la fois censur\u00e9e et prosp\u00e8re, la sexualit\u00e9 marchande donne naissance \u00e0 une \u00ab\u00a0<i>litt\u00e9rature de la chair<\/i>\u00a0\u00bb et \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0eroduction\u00a0\u00bb (production cin\u00e9matographique \u00e9rotique). Dans les ann\u00e9es 1960, la moiti\u00e9 des films japonais rel\u00e8vent du genre <i>pink\u00a0eiga<\/i> (cin\u00e9ma rose), certains adoptant d\u2019ailleurs une esth\u00e9tique d\u2019avant-garde, voire flirtant avec une critique politique d&rsquo;extr\u00eame gauche. Dans les salles pour spectateurs adultes, masculins pour leur immense majorit\u00e9, consum\u00e9risme sexuel et imagerie patriarcale vont de pair, avec cette particularit\u00e9 qu\u2019au Japon \u00ab\u00a0<i>une industrie du sexe parmi les plus prolifiques du monde<\/i>\u00a0\u00bb voisine avec la \u00ab\u00a0<i>traque fr\u00e9n\u00e9tique de l\u2019apparition d\u2019organes sexuels et de la pilosit\u00e9 pubienne sur les \u00e9crans de cin\u00e9ma ou les photographies<\/i>\u00a0\u00bb (p. 412).<br \/>\nLa censure n\u2019est pas inactive.<br \/>\nElle condamne en 1951 le roman <i>L\u2019Amant de Lady Chatterley<\/i>, seulement autoris\u00e9 \u00e0 la vente quarante-cinq ans plus tard (\u0153uvre interdite en Angleterre et au Canada jusqu\u2019en 1960, et ailleurs longtemps aussi, en Irlande, en Chine, en Inde, en Pologne, en Australie, aux \u00c9tats-Unis jusqu\u2019en 1959&#8230;).<br \/>\nConcernant la violence, par contre, le Japon fait preuve d\u2019une tol\u00e9rance impensable en Europe ou aux \u00c9tats-Unis\u00a0: viol et torture demeurent des \u00ab<i>figures impos\u00e9es aujourd\u2019hui encore dans les mangas, les films de gangsters et d\u2019horreur o\u00f9 le \u00ab\u00a0<\/i>sadisme<i>\u00a0\u00bb est omnipr\u00e9sen<\/i>t\u00a0\u00bb (Fran\u00e7ois Lachaud). Au contraire d\u2019autres pays, la France par exemple, qui r\u00e9unit sexe et violence dans une m\u00eame cat\u00e9gorie avec sa notion de \u00ab\u00a0films \u00e0 caract\u00e8re pornographique et d\u2019incitation \u00e0 la violence\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span lang=\"en-GB\"><b>XXI<\/b><\/span><sup><span lang=\"en-GB\"><b>e<\/b><\/span><\/sup><span lang=\"en-GB\"><b> si\u00e8cle\u00a0: All sex, No sex, etc.<\/b><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Chaque soci\u00e9t\u00e9 construit les m\u0153urs qui lui conviennent, et fait \u00e9voluer ses normes selon ses logiques et ses besoins. Et cela plus encore dans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 r\u00e8gne le capitalisme : il n\u2019y a pas <i>une<\/i> morale capitaliste <i>unique<\/i>.<br \/>\nLe Japon\u00a0a longtemps produit une des cultures \u00e9rotiques sans doute les plus \u00e9labor\u00e9es que nous connaissions, et r\u00e9pandue de mani\u00e8res diverses dans toutes les couches sociales.<br \/>\nLe consum\u00e9risme \u00e9rotico-porno des derni\u00e8res d\u00e9cennies du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle prouve que travail et plaisir, \u00ab\u00a0<i>antinomiques<\/i>\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019industrialisation, cessent de l\u2019\u00eatre quand le capitalisme a assez p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les pratiques et les mentalit\u00e9s pour ne plus reposer que sur ses propres fondamentaux (domination du rapport salarial et tendance \u00e0 la marchandisation de tout). Il devient alors possible d\u2019accorder un espace beaucoup plus large aux minorit\u00e9s sexuelles, aux d\u00e9viances, voire \u00e0 la transgression&#8230; pourvu que soient respect\u00e9s \u00c9tat et capital. Il est probable que le mariage pour tous soit bient\u00f4t l\u00e9galis\u00e9 au Japon, pays par ailleurs encore tr\u00e8s patriarcal o\u00f9 la domination masculine\u00a0reste tr\u00e8s pr\u00e9sente.<br \/>\nPhilippe Pons et Pierre-Fran\u00e7ois Souyri arr\u00eatent leur \u00e9tude \u00e0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019aube de la coexistence des morales et d\u2019une prolif\u00e9ration des codes, jusque et y compris la vogue du \u00ab\u00a0 No Sex \u00bb, o\u00f9 l\u2019a-sexualit\u00e9 devient un refuge, une affirmation de soi, voire un positionnement politique. Cette cat\u00e9gorie nouvelle (et sans doute pas la derni\u00e8re) permet non plus de vivre librement la sexualit\u00e9, mais plus simplement d\u2019en sortir.<br \/>\nComme nous l\u2019\u00e9crivions autrefois : \u00ab\u00a0<i>\u00c0 la culpabilit\u00e9 (hantise de violer un tabou) se juxtapose l&rsquo;angoisse (sentiment d&rsquo;un manque de rep\u00e8res devant les \u00ab\u00a0choix\u00a0\u00bb \u00e0 faire). \u00c0 la n\u00e9vrose et \u00e0 l&rsquo;hyst\u00e9rie ant\u00e9rieures succ\u00e8dent le narcissisme et la schizophr\u00e9nie comme maladies historiques.<\/i>\u00a0\u00bb<br \/>\nQu\u2019en est-il au Japon\u00a0? Et qu\u2019en adviendra-t-il dans le monde\u00a0?&#8230;<\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><strong>G. D., mai 2021<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\" align=\"RIGHT\"><strong><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2021\/05\/Elle-est-lui-et-lui-est-elle.Eros-japonais.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-2072\" src=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2018\/07\/adobe-pdf-icon.png\" alt=\"\" width=\"50\" height=\"50\" srcset=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2018\/07\/adobe-pdf-icon.png 250w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2018\/07\/adobe-pdf-icon-150x150.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 50px) 100vw, 50px\" \/><\/a>Cet article en PDF.<\/strong><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>A lire et \u00e0 voir<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Philippe Pons &amp; Pierre-Fran\u00e7ois Souyri, <i>L\u2019Esprit de plaisir. Une Histoire de la sexualit\u00e9 et de l\u2019\u00e9rotisme au Japon (XVII<\/i><sup><i>e<\/i><\/sup><i>-XX<\/i><sup><i>e<\/i><\/sup><i> si\u00e8cles)<\/i>, Payot, 2020, 522 p. \u00c9tude tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e dont il est impossible en quelques pages de montrer toute la richesse. Nombreuses illustrations.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Sur l\u2019invention au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de la \u00ab\u00a0sexualit\u00e9\u00a0\u00bb comme sph\u00e8re sociale et savoir scientifique sp\u00e9cialis\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=888)\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Naissance d\u2019une \u00ab\u00a0question sexuelle\u00a0\u00bb<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Charles Sprawson, <i>H\u00e9ros et nageurs<\/i>, Nevicata, 2019 (1992)<b>, <\/b>chapitre 8 sur le Japon.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La carte postale anglaise scatologique sur la guerre russo-japonaise est reproduite dans Liza S. Sigel, <i>Governing Pleasures. <\/i><span lang=\"en-GB\"><i>Pornography &amp; Social Change in England, 1815-1914<\/i><\/span><span lang=\"en-GB\">, Rutgers U.P., 2002. <\/span><\/p>\n<p><span lang=\"en-GB\">Rana Mitter, <\/span><span lang=\"en-GB\"><em>China&rsquo;s War with Japan<\/em>, 1937-1945<\/span><span lang=\"en-GB\">, Penguin, 2014.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/pcint.org\/40_pdf\/04_PC-pdf\/PC_090-w.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Histoire et condition de la classe ouvri\u00e8re japonaise dans le second apr\u00e8s-guerre\u00a0<\/a>\u00bb, <i>Programme Communiste<\/i>, septembre 1988.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Fran\u00e7ois Lachaud, \u00ab <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/leportique\/2799\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u2019un proc\u00e8s l\u2019autre, Sade au Japon<\/a> \u00bb, <i>Le Portique<\/i>, n\u00b0 34, 2014.<\/p>\n<p><span lang=\"en-GB\">\u00ab <a href=\"http:\/\/eiga9.altervista.org\/articulos\/obscenity.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Obscenity and Article 175 of the Japanese Penal Code: A Short Introduction to Japanese Censorship<\/a> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Edogawa Ranpo (1894-1965)\u00a0: <i>Le L\u00e9zard noir<\/i>, Picquier, 2000 (1934), roman mettant en sc\u00e8ne un(e) criminel(le) travesti(e). En 1968, Yukio Mishima joue un petit r\u00f4le dans le film qui s\u2019en inspire. Et <i>La B\u00eate aveugle<\/i>, Picquier, 1999 (1931), adapt\u00e9 au cin\u00e9ma sous ce titre par Masumura (1969). Ranpo avait collabor\u00e9 \u00e0 des \u00e9tudes sur l\u2019homosexualit\u00e9 dans les ann\u00e9es 1933-1940.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Jun&rsquo;ichir\u014d Tanizaki, <i>La Confession impudique,<\/i> Gallimard, 1963 (1956)\u00a0; et <i>Journal d\u2019un vieux fou<\/i>, Gallimard, 1968 (1961).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Yukio Mishima, <i>Confession d\u2019un masque<\/i>, Gallimard, 1971 (1949)\u00a0; et <i>Les Amours interdites<\/i>, Gallimard, 1989 (1951), o\u00f9 le narrateur nous fait savoir que, pour le samoura\u00ef comme pour l\u2019homosexuel, la f\u00e9minit\u00e9 est le pire des vices. Bisexuel, misogyne, ultra-nationaliste, masochiste, marqu\u00e9 \u00e0 la fois par la tradition japonaise et l\u2019art occidental (Sade inclus\u00a0: il a m\u00eame \u00e9crit une pi\u00e8ce intitul\u00e9e <i>Madame de Sade<\/i>), et metteur en sc\u00e8ne de son propre suicide en 1970, Mishima m\u00eale assez d\u2019\u00e9l\u00e9ments pour que chacun puisse y projeter son fantasme et sa culture.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Biographie au cin\u00e9ma\u00a0: <i>Mishima, A Life in Four Chapters<\/i>, Paul Schrader, 1985.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Yasuz\u014d Masumura, <i>L\u2019Ange rouge, <\/i>1966.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Koji Wakamatsu\u00a0: <i>Les secrets derri\u00e8re le mur<\/i> (1965)\u00a0; <i>Quand l&#8217;embryon part braconner<\/i> (1966)\u00a0; <i>Les Anges viol\u00e9s<\/i> (1967)\u00a0; et <i>Va va vierge pour la deuxi\u00e8me fois<\/i> (1969). Auteur en 2008 d\u2019un \u00ab\u00a0docu-fiction\u00a0\u00bb sur l\u2019Arm\u00e9e Rouge Unifi\u00e9e, groupe d\u2019extr\u00eame-gauche arm\u00e9 japonais, actif dans les ann\u00e9es 1970 et au-del\u00e0.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><a name=\"_GoBack\"><\/a>Noboru Tanaka\u00a0: <i>Le March\u00e9 sexuel des filles<\/i> (1974)\u00a0; <em>La V\u00e9ritable histoire d<\/em>&lsquo;<em>Abe Sada<\/em>, (1975)\u00a0; et <i>La Maison des perversit\u00e9s<\/i> (1976).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><em>\u00c9galement inspir\u00e9 d\u2019Abe Sada\u00a0:<\/em><i> L\u2019Empire des sens<\/i>, Nagisa Oshima (1932-2013), 1976 (titre japonais\u00a0: \u00ab\u00a0Corrida d\u2019amour\u00a0\u00bb). Le film a connu de grandes difficult\u00e9s de diffusion dans divers pays, et il est souvent projet\u00e9 avec des coupes. <i>\u00ab\u00a0En ce monde, faire un film est un acte criminel<\/i>\u00a0\u00bb, d\u00e9clarait Oshima en 1966. Pour ce qui le concerne, en tout cas, un livre contenant des photos de <i>L\u2019Empire des sens<\/i> lui valut un interminable proc\u00e8s pour obsc\u00e9nit\u00e9, sans condamnation finale, mais le film reste quasiment invisible au Japon.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Oshima affirmait avoir rencontr\u00e9 Abe Sada \u00e2g\u00e9e, recluse dans un couvent isol\u00e9, mais rien ne prouve que le cin\u00e9aste ait dit vrai.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019homosexualit\u00e9 est au c\u0153ur de plusieurs films d\u2019Oshima, notamment <i>Furyo<\/i> (1983) et <i>Tabou<\/i> (1999). <i>Max mon amour<\/i> (1986) d\u00e9crit un triangle amoureux, o\u00f9 l\u2019un des trois partenaires est un singe\u00a0: \u00ab\u00a0<i>le chimpanz\u00e9 est aussi humain que moi<\/i>\u00a0\u00bb, d\u00e9clara par la suite Charlotte Rampling, l\u2019actrice principale, qui plus d\u2019une fois a incarn\u00e9 des sexualit\u00e9s hors-norme, notamment dans le c\u00e9l\u00e8bre <i>Portier de nuit<\/i> (1973), mais aussi dans <i>On ne meurt que deux fois<\/i> (1985).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Christophe Bier, <i>Dictionnaire des films fran\u00e7ais pornographiques &amp; \u00e9rotiques de longs m\u00e9trages en 16 et 35 mm<\/i>, Serious Publishing, 2011. Nous esp\u00e9rons revenir un jour sur ce sujet.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/troploin.fr\/node\/37\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pour un monde sans morale<\/a>\u00a0\u00bb, <i>La Banquise<\/i>, n\u00b01, 1983.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samoura\u00ef, hara-kiri (mais la personne cultiv\u00e9e dit seppuku), geisha, kimono, yakusa, manga, sushi&#8230; autant de clich\u00e9s exotiques. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, le Japon a beau \u00eatre la troisi\u00e8me puissance mondiale, pour ce qui concerne l\u2019Asie, c\u2019est la Chine qui domine l\u2019imaginaire &hellip; <a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=3241\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8284,"featured_media":0,"parent":1074,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-3241","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3241","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8284"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3241"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3241\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3252,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/3241\/revisions\/3252"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1074"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3241"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}