{"id":2508,"date":"2019-11-23T23:59:32","date_gmt":"2019-11-23T22:59:32","guid":{"rendered":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=2508"},"modified":"2019-11-23T09:32:03","modified_gmt":"2019-11-23T08:32:03","slug":"lpr-souvenirs-dune-fille-degenree","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=2508","title":{"rendered":"LPR \/ Souvenirs d\u2019une fille d\u00e9genr\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2019\/11\/02.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2506\" src=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2019\/11\/02-201x300.jpg\" alt=\"\" width=\"201\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2019\/11\/02-201x300.jpg 201w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2019\/11\/02-768x1144.jpg 768w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2019\/11\/02-688x1024.jpg 688w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2019\/11\/02.jpg 987w\" sizes=\"auto, (max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/a>Lola Miesseroff est n\u00e9e en 1947. Vers 18 ans, en plaisantant, un de ses proches la surnomme \u00ab<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>\u00a0fille \u00e0 p\u00e9d\u00e9s\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">\u00bb, pour son go\u00fbt et sa facilit\u00e9 \u00e0 lier amiti\u00e9 avec des hommes qui pr\u00e9f\u00e8rent les hommes. Mais \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>la typologie de la fille \u00e0 p\u00e9d\u00e9s est large<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">\u00a0\u00bb, \u00e9crit H\u00e9l\u00e8ne Hazera dans sa postface. Surtout pour une fille <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>d\u00e9genr\u00e9e<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"> d\u00e8s l\u2019enfance, \u00e9lev\u00e9e dans ce qui a aujourd\u2019hui pour nom \u00ab\u00a0diversit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: jeunesse marseillaise, ascendance juive et arm\u00e9nienne, langues russe et fran\u00e7aise, \u00e9ducation naturiste et libertaire, voisinage d\u2019orientations sexuelles diverses et fluctuantes. Nos lectrices et lecteurs la connaissent par <a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=1769\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">l\u2019entretien qu\u2019elle avait donn\u00e9 sur le Front Homosexuel d\u2019Action R\u00e9volutionnaire (FHAR)<\/a> pour notre s\u00e9rie \u00ab\u00a0Homo\u00a0\u00bb (<a href=\"https:\/\/nieteditions.wordpress.com\/2018\/08\/24\/homo\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">reprise en volume par les \u00e9ditions Niet\u00a0!<\/a>). Le livre <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>Filles \u00e0 p\u00e9d\u00e9s<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">, qui vient de para\u00eetre chez Libertalia, raconte quelques ann\u00e9es de fureurs, de bruits, d\u2019efforts pour vivre libre ou, du moins, sous le minimum possible de contraintes, temps de f\u00eates et de morts aussi. \u00c9poque pr\u00e9-68, Mai 68, post-68\u00a0: un historien dirait \u00ab\u00a0le long 68\u00a0\u00bb.<br \/>\nLola ne mystifie ni cet \u00e9branlement, ni la part qu\u2019elle y a prise, mais sans lui sa vie aurait \u00e9t\u00e9 plus pale. (Sur la p\u00e9riode, nous recommandons vivement son <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>Voyage en outre-gauche. Paroles de francs tireurs des ann\u00e9es 68<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">, Libertalia, 2018). Des temps bien lointains. Trente-deux ans s\u00e9paraient de Juin 36 les gr\u00e9vistes et manifestants de Mai 68\u00a0: plus d\u2019un demi-si\u00e8cle s\u2019est \u00e9coul\u00e9 depuis une secousse dont on m\u00e9conna\u00eet le fait central\u00a0: c\u2019\u00e9tait la plus grande gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019histoire.<br \/>\nAdolescente puis jeune femme, Lola fait l\u2019exp\u00e9rience de la r\u00e9volte&#8230; anarchisme, Internationale Situationniste, communisme libertaire, \u00ab\u00a0outre-gauche\u00a0\u00bb, monde du jour et souvent de la nuit, plut\u00f4t marginal mais qui ne se th\u00e9orise pas comme le nouveau ferment r\u00e9volutionnaire, Comit\u00e9s d\u2019action, MLF, FHAR, Gouines Rouges, Gazolines&#8230; on croise au passage quelques noms connus, \u00e9voqu\u00e9s sans que Lola les prenne trop au s\u00e9rieux, sachant aussi d\u2019ailleurs garder la m\u00eame distance vis-\u00e0-vis d\u2019elle-m\u00eame. Partager des appartements, provoquer, se droguer (joint et acide, on se m\u00e9fie des seringues), d\u00e9river, vivre de petits boulots et de d\u00e9brouille, boire, faire l\u2019amour et\/ou baiser (parfois percevoir la diff\u00e9rence est difficile), faire des rencontres, voyager pour conna\u00eetre amies et camarades (pas \u00e0 Katmandou, ce serait une d\u00e9sertion), rester disponible pour agir quand et comme on peut (sans verser dans le militantisme, ce \u00ab\u00a0<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>stade supr\u00eame de l\u2019ali\u00e9nation<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">\u00a0\u00bb).<br \/>\nOn ne lira \u00e9videmment dans ce t\u00e9moignage aucune glorification d\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9volution sexuelle\u00a0\u00bb qui n\u2019a pas eu lieu (si l\u2019expression a un sens, seule une r\u00e9volution sociale le lui donnera). Certes la soci\u00e9t\u00e9 a beaucoup \u00e9volu\u00e9. En France, il a fallu attendre 1967 pour la l\u00e9galisation de la pilule (et deux ans de plus avant de pouvoir l\u2019acheter en pharmacie), et 1975 pour la d\u00e9p\u00e9nalisation de l\u2019avortement. Depuis, m\u0153urs et lois ont heureusement chang\u00e9. En ce d\u00e9but de XXI<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><sup><span style=\"font-family: Georgia, serif\">e<\/span><\/sup><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"> si\u00e8cle, gays et lesbiennes vivent presque librement leur sexualit\u00e9 \u2013 du moins dans certains lieux et sous certaines limites. Pour autant, si \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb de la vie quotidienne il y avait eu, nos contemporains ne ressentiraient pas le besoin de s&rsquo;abriter derri\u00e8re une classification, comme si l\u2019on n\u2019\u00e9tait libre \u2013 ou simplement en s\u00e9curit\u00e9 &#8211; qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un espace prot\u00e9g\u00e9. Cinquante ans apr\u00e8s 68, on ne critique l\u2019identit\u00e9 que pour s\u2019en trouver une. Autrefois, selon que l&rsquo;on \u00e9tait n\u00e9 avec un p\u00e9nis ou avec un ut\u00e9rus, un r\u00f4le sexuel fixe \u00e9tait impos\u00e9\u00a0: maintenant il serait, th\u00e9oriquement, possible de le choisir, d\u2019en changer, voire de le combiner \u00e0 d\u2019autres mod\u00e8les, mais une pression sociale pousse \u00e0 se classer chaque fois h\u00e9t\u00e9ro, gay, lesbienne, bi, queer, transgenre, en questionnement, agenre&#8230; et l\u2019on esp\u00e8re \u00e9chapper \u00e0 un code en les multipliant\u00a0: <\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">LGBTQQIAAP, compl\u00e9t\u00e9 du signe \u00ab\u00a0+\u00a0\u00bb pour n\u2019oublier personne. Les h\u00e9t\u00e9ronom\u00e9.e.s aussi ont leurs sp\u00e9cialisations, avec nomenclature oblig\u00e9e, du lithromantique au sapiosexuel. Les individus isol\u00e9s ont au moins le r\u00e9confort d&rsquo;appartenir \u00e0 une communaut\u00e9.<br \/>\nDans ces conditions, ce que raconte Lola Miesseroff, et que r\u00e9sume faute de mieux le mot \u00ab\u00a0polysexualit\u00e9\u00a0\u00bb, risque de d\u00e9concerter du simple fait qu\u2019elle et ses ami(e)s vivaient, bien ou mal (elle n\u2019id\u00e9alise rien), mais sans ces classifications. Le gar\u00e7on attir\u00e9 seulement par les filles ne se disait pas plus h\u00e9t\u00e9ro que celui pr\u00e9f\u00e9rant les deux sexes ne se proclamait bi, et beaucoup des personnes mentionn\u00e9es dans le livre seraient aujourd\u2019hui qualifiables de queers, sauf qu\u2019alors elles n\u2019en \u00e9prouvaient ni besoin ni envie, ni le temps, estimant avoir mieux \u00e0 faire. Et s\u2019il ne s\u2019agissait que de mots\u00a0! Mais ce qui est en jeu dans cette rectification lexicale est tout autre. La fragmentation langagi\u00e8re r\u00e9v\u00e8le une division entre \u00ab\u00a0soci\u00e9tal\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0social\u00a0\u00bb, entre critique du quotidien et critique globale, entre ce sur quoi on croit pouvoir agir (mon corps, mes comportements, mes amours) et ce qui nous para\u00eet hors de port\u00e9e (le travail, la soci\u00e9t\u00e9 marchande, le capitalisme). Lola et ses proches r\u00e9sistaient aux s\u00e9parations en s\u2019abstenant de toute affirmation et lutte s\u00e9par\u00e9es. C\u2019est le plus difficile \u00e0 comprendre \u2013 et \u00e0 d\u00e9passer.<br \/>\nLe r\u00e9cit aborde les ann\u00e9es 80, le SIDA, puis \u00ab<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>\u00a0la transition de genre\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">\u00bb, PMA et GPA, \u00ab<\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><i>\u00a0temps de la normalisation\u00a0<\/i><\/span><\/span><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\">\u00bb, quand la fluidit\u00e9 sexuelle devient d\u00e9sorientation puis codification. Pourtant, ce que nous dit Lola, c&rsquo;est que la nostalgie ne sert \u00e0 rien, et les regrets non plus. A nous, \u00e0 d\u2019autres, d\u2019imaginer et de vivre la suite, aujourd&rsquo;hui et demain.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"color: #000000\"><span style=\"font-family: Georgia, serif\"><b>G.D., novembre 2019.<\/b><\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lola Miesseroff est n\u00e9e en 1947. Vers 18 ans, en plaisantant, un de ses proches la surnomme \u00ab\u00a0fille \u00e0 p\u00e9d\u00e9s\u00a0\u00bb, pour son go\u00fbt et sa facilit\u00e9 \u00e0 lier amiti\u00e9 avec des hommes qui pr\u00e9f\u00e8rent les hommes. 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