{"id":1602,"date":"2017-06-20T16:53:29","date_gmt":"2017-06-20T14:53:29","guid":{"rendered":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=1602"},"modified":"2017-06-20T17:55:18","modified_gmt":"2017-06-20T15:55:18","slug":"homo-10-une-lesbienne-et-ses-doubles-patricia-highsmith","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=1602","title":{"rendered":"Homo 10 \/ Une lesbienne et ses doubles : Patricia Highsmith"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\"><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2017\/06\/0.Une-lesbienne-et-ses-doubles-Patricia-Highsmith.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1604\" src=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2017\/06\/0.Une-lesbienne-et-ses-doubles-Patricia-Highsmith-300x221.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"221\" srcset=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2017\/06\/0.Une-lesbienne-et-ses-doubles-Patricia-Highsmith-300x221.jpg 300w, https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2017\/06\/0.Une-lesbienne-et-ses-doubles-Patricia-Highsmith.jpg 766w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Si l\u2019art nous instruit sur la r\u00e9alit\u00e9 sociale, c\u2019est de fa\u00e7on fragment\u00e9e et d\u00e9form\u00e9e. Dans l\u2019\u0153uvre de Patricia Highsmith, une orientation sexuelle r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019\u00e9poque a trouv\u00e9 une expression litt\u00e9raire sous forme de d\u00e9doublements, et par un d\u00e9placement de genre, les amours f\u00e9minines que l\u2019auteur ne pouvait repr\u00e9senter \u00e9tant transpos\u00e9es entre hommes, sauf dans l\u2019unique roman o\u00f9 elle a lev\u00e9 \u2013 partiellement &#8211; le masque. La production de Patricia Highsmith a aussi pour nous cet avantage de s\u2019\u00e9tendre sur une p\u00e9riode assez longue pour que sa conception et sa r\u00e9ception t\u00e9moignent de l\u2019\u00e9volution des m\u0153urs, des ann\u00e9es cinquante \u00e0 nos jours.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>\u00ab<\/b><i><b>\u00a0Suis-je une psychopathe\u00a0? Oui, mais pourquoi pas\u00a0<\/b><\/i><b>\u00bb (1943)<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ceci n\u2019est pas un essai litt\u00e9raire ou biographique. Nous ne chercherons pas \u00e0 expliquer la vie par les textes ou vice-versa, mais un minimum de faits seront utiles pour aborder une romanci\u00e8re que l\u2019on conna\u00eet d\u2019autant mieux qu\u2019elle a laiss\u00e9 8\u00a0000 pages de journal intime et de carnets de notes (d\u2019o\u00f9, sauf indication contraire, nos citations sont extraites).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">N\u00e9e aux \u00c9tats-Unis, Patricia Highsmith (1921-1995) a surtout v\u00e9cu en Europe, longtemps en France et en Suisse. De l\u2019avis quasi unanime de ses proches, elle \u00e9tait extr\u00eamement difficile \u00e0 vivre, maniaque, alcoolique, inhospitali\u00e8re, int\u00e9ress\u00e9e par l\u2019argent (et riche \u00e0 sa mort de plusieurs millions de dollars), \u00ab\u00a0<i>la personne la plus \u00e9gocentrique que j\u2019aie connue<\/i>\u00a0\u00bb dira d\u2019elle l\u2019homme quelque temps son amant et fianc\u00e9, mais elle \u00e9tait aussi misanthrope, hostile au f\u00e9minisme (le titre de son recueil <i>Little Tales of Misogyny<\/i> est \u00e0 prendre \u00e0 la lettre), volontiers raciste\u00a0et antis\u00e9mite. Ajoutons une profonde culpabilit\u00e9 \u00e0 forte coloration religieuse.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A c\u00f4t\u00e9 de rares relations masculines insatisfaisantes, Patricia Highsmith a pendant plusieurs d\u00e9cennies multipli\u00e9 les amours f\u00e9minines, \u00e0 travers crises, ruptures et r\u00e9conciliations, sa manie des listes la conduisant en 1945 \u00e0 dresser le tableau comparatif de ses amantes. Elle adoptait une allure volontairement masculine\u00a0: une de ses compagnes la d\u00e9crit comme \u00ab<i>\u00a0butch\u00a0<\/i>\u00bb<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote1sym\" name=\"sdfootnote1anc\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">D\u00e9m\u00e9nageant et voyageant sans cesse, elle a men\u00e9 une vie de passage, d\u2019un lieu et d\u2019une partenaire \u00e0 l\u2019autre. \u00ab\u00a0<i>Je ferai comme si j\u2019habitais ici<\/i>\u00a0\u00bb, lit-on au d\u00e9but de son premier roman, en 1943, rest\u00e9 inachev\u00e9. En 1988, aussit\u00f4t entr\u00e9e dans la maison construite selon ses d\u00e9sirs, lumineuse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et peu ouverte sur l\u2019ext\u00e9rieur, elle \u00e9prouve le d\u00e9sir d\u2019en partir. Aussi capable de s\u00e9duire quand elle en avait envie, et de g\u00e9rer sa carri\u00e8re, que de faire le vide autour de sa personne, elle a fini sa vie dans l\u2019isolement d\u2019un village d\u2019une centaine d\u2019habitants, trouvant des d\u00e9fauts \u00e0 tout et tous et ne s\u2019aimant pas elle-m\u00eame. \u00ab\u00a0<i>Si j\u2019ai de la compassion pour la race humaine, elle s\u2019adresse aux malades mentaux et aux criminels\u00a0<\/i>\u00bb, car les gens normaux \u00ab\u00a0<i>m\u2019ennuien<\/i>t\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0moyen\u00a0\u00bb lui semblaient les mots les plus ridicules, le plus beau \u00e9tant \u00ab\u00a0transcender\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<i>La perversion est ce qui m\u2019int\u00e9resse le plus et c\u2019est cette obscurit\u00e9 qui me guide\u00a0<\/i>\u00bb, \u00e9crit-elle \u00e0 21 ans.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quoique class\u00e9s dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0polar\u00a0\u00bb, ses romans n\u2019ont pas grand-chose de policier, d\u00e9tective et policiers y tenant un r\u00f4le de figurants dans une intrigue qu\u2019ils ne ma\u00eetrisent pas. D\u2019ailleurs, l\u2019identit\u00e9 du criminel est secondaire, la romanci\u00e8re inter-changeant m\u00eame volontiers victime et coupable en cours de r\u00e9daction, l\u2019essentiel \u00e9tant la relation qui les unit, et si l\u2019un est tu\u00e9 par l\u2019autre, il aurait pu aussi l\u2019assassiner. Malgr\u00e9 une vingtaine de romans publi\u00e9s et de nombreuses nouvelles, une personne si dou\u00e9e pour d\u00e9plaire avait r\u00e9guli\u00e8rement du mal \u00e0 se faire \u00e9diter et \u00e0 satisfaire un public souvent d\u00e9concert\u00e9. \u00ab\u00a0<i>Qui veut s\u2019identifier \u00e0 un personnage dans un roman de Highsmith\u00a0?<\/i>\u00a0\u00bb, demandait un de ses \u00e9diteurs.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Bruno &amp; Guy<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Patricia Highsmith publie en 1950 son premier roman, <i>L\u2019Inconnu du Nord Express<\/i>, titre fran\u00e7ais moins expressif que <i>Strangers on a Train<\/i>. Ce sont en effet deux \u00e9trangers qui vont \u00e9changer leurs d\u00e9sirs de meurtre, et chacun r\u00e9aliser pour l\u2019autre un crime en th\u00e9orie parfait. Bruno propose \u00e0 Guy de tuer son \u00e9pouse qui refuse le divorce. En contrepartie, Guy d\u00e9barrasserait Bruno d\u2019un p\u00e8re encombrant. Ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un jeu devient r\u00e9alit\u00e9 quand Bruno prend l\u2019initiative d\u2019\u00e9trangler l\u2019\u00e9pouse r\u00e9calcitrante, et exige de Guy qu\u2019il respecte sa part du \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 ses r\u00e9sistances, Guy finira par tuer le p\u00e8re de Bruno, sous la pression, mais pourquoi y c\u00e8de-t-il\u00a0? La s\u00e9duction mutuelle unissant ces deux hommes aux personnalit\u00e9s oppos\u00e9es est au c\u0153ur du r\u00e9cit, d\u2019autant plus forte qu\u2019elle reste implicite.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Les allusions pourtant ne manquent pas\u00a0: le p\u00e8re de Bruno fabrique des gadgets <i>AC-DC<\/i> (mot signifiant entre autres \u00ab\u00a0bisexuel\u00a0\u00bb en anglais), et son yacht s\u2019appelle The Fairy Prince, <i>fairy<\/i> \u00e9tant synonyme d\u2019homosexuel. Patricia Highsmith voulait d\u2019ailleurs d\u00e9dicacer l\u2019ouvrage \u00ab\u00a0<i>To all the Virginias<\/i>\u00a0\u00bb, Virginia \u00e9tant une de ses amantes, formule remplac\u00e9e par \u00ab\u00a0<i>To all the Virginians<\/i>\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les habitants de l\u2019\u00c9tat de Virginie. \u00ab\u00a0Virginias\u00a0\u00bb revient lors de la parution en poche et dans les \u00e9ditions ult\u00e9rieures. En 1950, le livre est un succ\u00e8s, et inspire l\u2019ann\u00e9e suivante \u00e0 Hitchcock le film qui \u00e9tablit la r\u00e9putation de la romanci\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Carol &amp; Th\u00e9r\u00e8se (1)<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Fin 1948, <i>L\u2019Inconnu du Nord Express<\/i> n\u2019est pas encore paru et son auteur travaille quelques semaines dans un grand magasin new-yorkais. Un jour, elle prend la commande d\u2019une cliente, bourgeoise distingu\u00e9e et s\u00e9duisante, Kathleen Senn. \u00c0 cette unique rencontre qui n\u2019a pas dur\u00e9 plus de trois minutes, Patricia Highsmith va inventer un prolongement romanesque. Cette fiction, la seule de toute son \u0153uvre sans mort violente, imagine que la jeune vendeuse (Th\u00e9r\u00e8se) revoit la cliente (Carol) et que se noue entre elles une intense relation amicale et amoureuse. Mais Carol est en instance de divorce et \u00ab\u00a0l\u2019immoralit\u00e9\u00a0\u00bb de sa conduite sert au mari d\u2019argument pour obtenir la garde de leur fille. Somm\u00e9e de choisir entre son amour pour Th\u00e9r\u00e8se et son enfant, Carol choisira Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 l\u2019encontre des m\u0153urs dominantes \u00e0 l\u2019\u00e9poque&#8230; et \u00e0 la n\u00f4tre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le jour o\u00f9 elle ach\u00e8ve la premi\u00e8re version du livre, Patricia Highsmith va regarder la maison de Kathleen Senn dont elle avait not\u00e9 l\u2019adresse en prenant la commande, et y retournera six mois plus tard sans y entrer, pr\u00e9f\u00e9rant le souvenir et l\u2019image \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de celle qui l\u2019a \u00e9mue et inspir\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0<i>si je la voyais, mon livre serait g\u00e2ch\u00e9\u00a0! J\u2019en serais inhib\u00e9e\u00a0!<\/i>\u00a0\u00bb, \u00e9crit-elle en juin 1950. La romanci\u00e8re ne s\u2019int\u00e9ressait pas \u00e0 l\u2019existence r\u00e9elle de Kathleen Senn\u00a0: jamais elle n\u2019a su que cette femme active, pilote d\u2019avion et championne de golf, mais \u00e9galement alcoolique et d\u00e9pressive, s\u2019\u00e9tait suicid\u00e9e en 1951.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Intitul\u00e9 <i>The Price of Salt<\/i>, le livre est publi\u00e9 par un autre \u00e9diteur que celui de <i>L\u2019Inconnu du Nord Express<\/i> et, apr\u00e8s beaucoup d\u2019h\u00e9sitations, Patricia Highsmith adopte le pseudonyme de Claire Morgan, pour ne pas \u00eatre \u00e9tiquet\u00e9e comme auteur de \u00ab\u00a0litt\u00e9rature lesbienne\u00a0\u00bb, expliquera-t-elle plus tard, et pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre elle-m\u00eame trait\u00e9e de lesbienne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>The Price of Salt<\/i> est bien re\u00e7u par la critique, et son \u00e9dition \u00ab\u00a0populaire\u00a0\u00bb se vendra \u00e0 pr\u00e8s d\u2019un million d\u2019exemplaires, profitant de la mode de la <i>lesbian pulp,<\/i> cat\u00e9gorie parmi d\u2019autres (western, gangst\u00e9risme, drogue&#8230;) de la <i>p<\/i><i>ulp fiction<\/i>, litt\u00e9rature \u00e0 sensation imprim\u00e9e sur papier bon march\u00e9, tirant parfois \u00e0 des millions d\u2019exemplaires, mais plus vendue en gare qu\u2019en librairie. Loin de se limiter \u00e0 une client\u00e8le lesbienne, la <i>lesbian pulp<\/i> all\u00e9chait un public masculin en exhibant des filles d\u00e9v\u00eatues sur ses couvertures.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">A la grande diff\u00e9rence de la plupart des romans qualifiables de lesbiens, classiques comme <i>Le Puits de Solitude<\/i> (1928) de Radclyffe Hall, interdit vingt ans en Angleterre, ou \u00ab\u00a0populaires\u00a0\u00bb comme <i>Spring Fire<\/i> (1952, 1 million et demi d\u2019exemplaires vendus) de Marijane Meaker, un temps amante de Patricia Highsmith, <i>The Price of Salt<\/i> est un des rares \u00e0 conna\u00eetre une fin heureuse, du moins pour le couple f\u00e9minin.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Longtemps Patricia Highsmith cachera en \u00eatre l\u2019auteur. La crainte d\u2019\u00eatre d\u00e9voil\u00e9e comme lesbienne, m\u00eal\u00e9e d\u2019une culpabilit\u00e9\u00a0\u00e9vidente dans son journal intime, s\u2019exprimait chez elle en un jeu de double auquel elle n\u2019a jamais compl\u00e8tement renonc\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, dans le milieu \u00e9ditorial et journalistique, ainsi que dans les cercles lesbiens new yorkais, tout le monde \u00ab\u00a0savait\u00a0\u00bb, et elle en \u00e9tait consciente\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Je crois que tout le monde est au courant. On me traite de gouine.\u00a0<\/i>\u00bb (<i>Journal<\/i>, 4 novembre 1950). La sexualit\u00e9 \u00ab\u00a0hors norme\u00a0\u00bb de Patricia Highsmith n\u2019\u00e9tait un secret que pour le grand public, comme le voulait une \u00e9poque qui for\u00e7ait gays et lesbiennes \u00e0 rester \u00ab\u00a0au placard\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au bout de quelques ann\u00e9es, le livre \u00e9tant \u00e9puis\u00e9, Naiad Press, maison sp\u00e9cialis\u00e9e dans la litt\u00e9rature lesbienne populaire, propose en 1983 \u00e0 Patricia Highsmith une avance de 5\u00a0000 dollars pour une republication sous son nom, ou de 2\u00a0000 sous pseudonyme. L\u2019autrice pr\u00e9f\u00e8re la seconde solution et l\u2019ouvrage repara\u00eet l\u2019ann\u00e9e suivante avec le nom de Claire Morgan. Il en ira m\u00eame en France o\u00f9 le livre est alors intitul\u00e9 <i>Les Eaux d\u00e9rob\u00e9es<\/i> (aucune \u00e9dition fran\u00e7aise n\u2019a jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent repris le titre originel). De plus en plus \u00e9vent\u00e9, le secret est rompu en 1989 avec la sortie de <i>Carol<\/i> (titre faible compar\u00e9 au \u00ab\u00a0Prix du sel\u00a0\u00bb) en anglais, sign\u00e9 Patricia Highsmith, qui r\u00e9dige une postface expliquant la gen\u00e8se du livre, et justifie le recours au pseudonyme\u00a0par le d\u00e9sir de ne pas \u00eatre catalogu\u00e9e \u00ab\u00a0<i>auteur de livres lesbiens<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<i>J\u2019essaye d\u2019\u00e9viter les \u00e9tiquettes.<\/i>\u00a0\u00bb\u00a0La postface n\u2019\u00e9quivaut pas \u00e0 un <i>coming out<\/i>, Patricia Highsmith refusant jusqu\u2019au bout d\u2019\u00e9voquer publiquement ses amours f\u00e9minines. De l\u2019avis de l\u2019\u00e9ditrice de Naiad Press, elle \u00ab\u00a0 <i>souffrait d\u2019une int\u00e9riorisation de l\u2019homophobie<\/i>\u00a0\u00bb. En 1993, elle demandera que le <i>Contemporary Lesbian Writers<\/i>, ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence des auteurs lesbiennes, n\u2019inclue pas d\u2019essai bio-biographique sur elle.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Le corps de l\u2019autre <\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>The Price of Salt<\/i> n\u2019est pas encore paru que Patricia Highsmith confie \u00e0 son journal\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Comme je suis finalement reconnaissante <\/i>[&#8230;]<i> de ne pas g\u00e2cher mon meilleur th\u00e8me en le transposant dans de fausses relations homme-femme\u00a0<\/i>\u00bb (d\u00e9cembre 1949). Aussi envisage-t-elle une suite, inspir\u00e9e l\u00e0 encore de ses exp\u00e9riences, o\u00f9 une femme mari\u00e9e raconterait son pass\u00e9 lesbien, afin de \u00ab\u00a0<i>d\u00e9peindre la femme m\u00fbre (dans tous les sens du mot) qui ne peut s\u2019emp\u00eacher de pratiquer l\u2019homosexualit\u00e9<\/i>\u00a0\u00bb (f\u00e9vrier 1961). Mais elle n\u2019en \u00e9crit que 95 pages et persistera \u00e0 d\u00e9placer le rapport femme-femme en un lien ambigu entre deux hommes, dont les aventures de Ripley sont l\u2019incarnation la plus marquante et la plus c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">En 1955, <i>Le Talentueux Monsieur Ripley<\/i> raconte comment Tom Ripley, jusque-l\u00e0 petit escroc, rencontre et tue Dickie, fils d\u2019une riche famille, prend sa place, capte son h\u00e9ritage, commet un second meurtre, et \u00e9chappe \u00e0 la police en passant successivement de la personne de Dickie \u00e0 la sienne. Excellent imitateur, Ripley n\u2019est jamais autant lui-m\u00eame que dans la peau d\u2019un alter ego.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le d\u00e9clic qui pr\u00e9cipite le drame survient lorsque Ripley profite de l\u2019absence de Dickie pour enfiler les v\u00eatements de celui-ci, contrefaisant devant un miroir sa voix et ses gestes. Surpris par Dickie, Ripley ressent une honte, fracture qu\u2019il ne pourra se r\u00e9soudre qu\u2019en devenant Dickie. En septembre 1940, Patricia Highsmith avait rencontr\u00e9 un couple compos\u00e9 d\u2019un gay et d\u2019une lesbienne mari\u00e9s pour donner le change, et o\u00f9 chacun mettait les v\u00eatements de l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Chacun aurait aim\u00e9 avoir le corps de l\u2019autre \u00e0 la place du sien pour porter ses habits<\/i>\u00a0\u00bb. Mettre le v\u00eatement d\u2019autrui, c\u2019est aller au plus pr\u00e8s de son corps, et quasiment coller \u00e0 lui sans le toucher.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Travaillant sur <i>Le Talentueux Monsieur Ripley<\/i>, Patricia Highsmith se donnait une consigne qui, \u00e9crit-elle, s\u2019appliquait aussi bien \u00e0 Ripley qu\u2019\u00e0 Dickie\u00a0: \u00ab\u00a0<i>Comme Bruno<\/i> [de<i> <\/i>L\u2019Inconnu du Nord Express], <i>il ne doit jamais \u00eatre tout \u00e0 fait homo<\/i> [queer] \u2013 <i>seulement capable d\u2019en jouer le r\u00f4le<\/i>\u00a0\u00bb (mars 1954).<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">De 1970 \u00e0 1992, Ripley appara\u00eetra dans quatre autres romans, auteur chaque fois de nouveaux meurtres, certains commis pour pallier les cons\u00e9quences du premier, mais l\u2019habile et troublant psychopathe se sort de toutes les situations.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>\u00ab<\/b><i><b>\u00a0Mon obsession de la dualit\u00e9 me sauve de beaucoup d\u2019autres obsessions<\/b><\/i><b>\u00a0\u00bb (5 octobre 1948<\/b>)<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Un th\u00e8me r\u00e9current chez Patricia Highsmith, c\u2019est la rencontre de deux hommes, dont l\u2019un \u00e0 la fois appr\u00e9cie et d\u00e9teste l\u2019autre, qui est \u00e0 la fois domin\u00e9 et s\u00e9duit par le premier. Chacun est attir\u00e9 par l\u2019autre, et le tue ou veut le tuer, et il y aura crime, pas forc\u00e9ment contre l\u2019un des deux protagonistes\u00a0: l\u2019important n\u2019est pas qui meurt, ni l\u2019enqu\u00eate, encore moins la punition sociale, mais l\u2019ambivalence de ce qui \u00e9quivaut \u00e0 un rapport de couple. Dans <i>Ripley s\u2019amuse <\/i>(1974, connu aussi comme <i>L\u2019Ami am\u00e9ricain <\/i>depuis le film qu\u2019en a tir\u00e9 Wim Wenders), bless\u00e9 par des propos m\u00e9prisants de Jonathan, Ripley l\u2019entra\u00eene dans une s\u00e9rie de meurtres o\u00f9 Jonathan, captiv\u00e9, se laisse glisser jusqu\u2019\u00e0 la mort.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>Sur les pas de Riley<\/i> (1980) amorce un changement. Si le h\u00e9ros favori de la romanci\u00e8re est toujours expert en d\u00e9guisement, quand il se travestit en femme dans un bar berlinois, ce n\u2019est plus pour pr\u00e9parer ou couvrir un m\u00e9fait, mais pour une bonne cause, d\u00e9livrer Billy, jeune homme de 16 ans kidnapp\u00e9 par une bande de branquignols \u00e0 mille lieues des dangereux mafiosi \u00e9limin\u00e9s par Ripley dans <i>L\u2019Ami am\u00e9ricain<\/i>.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019\u00e9volution se pr\u00e9cise avec <i>Une Cr\u00e9ature de r\u00eave<\/i> (1983). Un portefeuille trouv\u00e9 dans la rue met en relation une s\u00e9rie de personnages dont Patricia Highsmith disait que la moiti\u00e9 \u00e9tait \u00ab\u00a0<i>gays ou \u00e0 demi gays<\/i>\u00a0\u00bb. Hommes et femmes, la plupart sont en effet gays ou bisexuel(le)s sans que cette orientation joue un r\u00f4le sp\u00e9cial dans l\u2019intrigue\u00a0: il importe peu que la meurtri\u00e8re soit lesbienne, car son acte s\u2019explique par la jalousie et la drogue. La dualit\u00e9 est toujours pr\u00e9sente\u00a0: un personnage imagine qu\u2019on \u00e9crive un r\u00e9cit avec \u00ab\u00a0<i>des vies doubles, les unes r\u00e9elles, d\u2019autres imaginaires. Des gens qui auraient une <\/i>vraie <i>deuxi\u00e8me famille, un<\/i> vrai <i>deuxi\u00e8me travail dans une autre ville\u00a0<\/i>\u00bb. Exactement ce que faisait le h\u00e9ros de <i>Ce mal \u00e9trange<\/i> (1960), mais David finissait par se jeter du haut d\u2019un immeuble, alors qu\u2019ici le d\u00e9doublement est vivable\u00a0et b\u00e9n\u00e9fique\u00a0: au lieu d\u2019enfermer deux individus, le couple s\u2019ouvre \u00e0 des relations multiples et crois\u00e9es. Comme si s\u2019effa\u00e7ait la violence interne due \u00e0 la stigmatisation sociale et \u00e0 l\u2019auto-r\u00e9pression.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019intrigue a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e mince pour un r\u00e9cit criminel, et elle n\u2019\u00e9tait certainement pas \u00e0 la hauteur des enjeux \u00ab\u00a0soci\u00e9taux\u00a0\u00bb contemporains de la mont\u00e9e du mouvement gay\u00a0: \u00e0 sa publication aux \u00c9tats-Unis en 1988, le premier tirage du roman ne se vend qu\u2019\u00e0 5\u00a0000 exemplaires.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Idylle estivale <\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><i>Small g. Une idylle d\u2019\u00e9t\u00e9<\/i>, para\u00eet en 1995, quelques mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de l\u2019auteur. \u00ab\u00a0Small g\u00a0\u00bb (g minuscule) d\u00e9signe un lieu dont la client\u00e8le m\u00eale homos et h\u00e9t\u00e9ros, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019\u00e9tablissements \u00ab\u00a0G majuscule\u00a0\u00bb fr\u00e9quent\u00e9s en majorit\u00e9 par des gays. \u00ab\u00a0Chez Jacob\u00a0\u00bb est un bar-restaurant \u00ab\u00a0small g\u00a0\u00bb dans un quartier mal fam\u00e9 et multiculturel de Zurich. Sur la couverture de l\u2019\u00e9dition originale, une femme d\u00e9collet\u00e9e porte un loup, sugg\u00e9rant une ambiance de carnaval ou de bal masqu\u00e9. Le double a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre mal\u00e9fique.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">La f\u00eate commence pourtant par la mort d\u2019un gay, Peter, qu\u2019assassinent des drogu\u00e9s jamais identifi\u00e9s, mais l\u00e0 n\u2019est pas le but de l\u2019intrigue, qui d\u00e9bute six mois plus tard. Pour la premi\u00e8re fois, chez Patricia Highsmith, la coupure est nette entre des p\u00f4les n\u00e9gatif et positif. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, Renata, autoritaire, puritaine, homophobe \u00e0 la sexualit\u00e9 refoul\u00e9e, affect\u00e9e d\u2019un pied bot, et son adjuvant, Willi, un brin simple d\u2019esprit. En face, les personnages sympathiques\u00a0: un artiste gay, Rickie\u00a0; la tr\u00e8s jeune Luisa\u00a0; Teddie, journaliste, attir\u00e9 par les deux pr\u00e9c\u00e9dents\u00a0; Dorrie, lesbienne qui aimerait plaire \u00e0 Luisa\u00a0; et Freddie, policier mari\u00e9 mais avec un penchant pour Rickie. Quoique pr\u00e9sent, le sida n\u2019apporte pas le malheur\u00a0: Freddie et Rickie que l\u2019on croyait s\u00e9ropositifs ne le sont pas. Elimin\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 une farce qui tourne mal, l\u2019antipathique Renata l\u00e8gue \u00e0 Luisa son atelier de couture. La trag\u00e9die finit en com\u00e9die de m\u0153urs au terme d\u2019une intrigue qui, au lieu de se centrer sur un personnage \u00e9gocentrique, gravite autour d\u2019un lieu o\u00f9 chacun se socialise dans la tol\u00e9rance.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Refus\u00e9 par l\u2019\u00e9diteur habituel de Patricia Highsmith, le livre d\u00e9\u00e7oit \u00e9galement l\u2019\u00e9diteur et le traducteur fran\u00e7ais par son contenu et son style. En fait, le roman r\u00e9sume implicitement les th\u00e8mes chers \u00e0 Patricia Highsmith, mais sans les dramatiser\u00a0: le double s\u2019est d\u00e9multipli\u00e9, le moi d\u00e9chir\u00e9 s\u2019est r\u00e9concili\u00e9 \u2013 dans la fiction.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>Carol &amp; Th\u00e9r\u00e8se (2)<\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Une romanci\u00e8re qui a \u00e9crit \u00ab\u00a0<i>l<\/i><i>\u2019art n\u2019est pas toujours sain, et pourquoi devrait-il l\u2019\u00eatre\u00a0?<\/i>\u00a0\u00bb, ne pouvait s\u2019attendre \u00e0 jouir d\u2019une bonne r\u00e9putation. Elle semble pourtant b\u00e9n\u00e9ficier depuis quelques ann\u00e9es d\u2019une respectabilit\u00e9 posthume. Un livre initialement surtout diffus\u00e9 comme produit sous-culturel destin\u00e9 \u00e0 un milieu semi-clandestin, inspire soixante ans plus tard un film grand public qui s\u2019av\u00e8re une r\u00e9ussite commerciale et critique. L\u2019homosexualit\u00e9 n\u2019est plus transgressive \u2013 du moins au cin\u00e9ma. Du temps de Garbo et de Dietrich (ou d\u2019ailleurs de Gary Grant), on n\u2019\u00e9voquait qu\u2019\u00e0 mi-voix la bisexualit\u00e9 des stars<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote2sym\" name=\"sdfootnote2anc\"><sup>2<\/sup><\/a>. L\u2019actrice vedette de <i>Carol<\/i> n\u2019en fait pas myst\u00e8re, c\u2019est m\u00eame un argument de vente, et l\u2019on s\u2019en r\u00e9jouit comme d\u2019une lib\u00e9ration des m\u0153urs.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quel chemin parcouru&#8230; mais sur quel plan\u00a0? Et pour qui\u00a0? Tr\u00e8s peu pour les ouvri\u00e8res lesbiennes dont traitait notre pr\u00e9c\u00e9dent chapitre<a class=\"sdfootnoteanc\" href=\"#sdfootnote3sym\" name=\"sdfootnote3anc\"><sup>3<\/sup><\/a>. Les amours f\u00e9minines font un \u00ab\u00a0grand\u00a0\u00bb film\u00a0: le culturel ne fait pas la vie sociale. Sur l\u2019\u00e9cran, on accepte que le prix \u00e0 payer pour un amour entre femmes soit l\u2019abandon d\u2019un enfant, ce que l\u2019on n\u2019accepterait jamais dans la vie, pas plus en 2017 qu\u2019en 1952.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>\u00ab<\/b><i><b>\u00a0Je veux explorer les maladies caus\u00e9es par la r\u00e9pression sexuelle\u00a0<\/b><\/i><b>\u00bb (1957) <\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L\u2019\u0153uvre de Patricia Highsmith co\u00efncide avec cinquante ans d\u2019\u00e9volution de la sexualit\u00e9 occidentale\u00a0: \u00ab <i>Ma maladie et mon mal-\u00eatre personnels ne sont que ceux de ma propre g\u00e9n\u00e9ration = de mon \u00e9poque, aggrav\u00e9s<\/i>\u00a0\u00bb (octobre 1950). Jeune, elle aura v\u00e9cu la relative lib\u00e9ration des m\u0153urs des ann\u00e9es de guerre puis, devenu adulte, subi le conformisme qui s\u2019en est suivi. Sa maturit\u00e9 est contemporaine de \u00ab\u00a0la lib\u00e9ration sexuelle\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 1960-1970, et sa vie s\u2019ach\u00e8ve quand gays et lesbiennes commencent \u00e0 avoir droit de cit\u00e9, \u00e0 cr\u00e9er une \u00ab\u00a0communaut\u00e9\u00a0\u00bb et \u00e0 obtenir des droits l\u00e9gaux. Ni militante ni signatrice de p\u00e9titions, Patricia Highsmith ne s\u2019int\u00e9ressait gu\u00e8re \u00e0 ces avanc\u00e9es, et \u00ab\u00a0le personnel est politique\u00a0\u00bb n\u2019avait aucun sens pour elle, qui n\u2019a os\u00e9 ou voulu s\u2019exprimer \u00e0 la premi\u00e8re personne que dans des \u00e9bauches de romans lesbiens inachev\u00e9s. Le <i>coming out<\/i> difficilement concevable en 1950, Patricia Highsmith s\u2019y est refus\u00e9e quand il \u00e9tait devenu possible quarante ans plus tard.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">C\u2019est ce porte-\u00e0-faux qui l\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 faire une fiction \u00e0 la fois indirecte et extr\u00eame de la \u00ab\u00a0condition homosexuelle\u00a0\u00bb telle qu\u2019elle existait jusqu\u2019au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, quand gays et lesbiennes \u00e9taient contraints \u00e0 une vie double, l\u2019une publique et visible, l\u2019autre priv\u00e9e et dissimul\u00e9e, l\u2019hostilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 ext\u00e9rieure cr\u00e9ant en chacun des conflits int\u00e9rieurs\u00a0:<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">\u00ab\u00a0<i>Je suis un exemple vivant de <\/i>[&#8230;] <i>gar\u00e7on dans un corps de fille<\/i>\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Patricia en juillet 1950, qui d\u00e9j\u00e0 s\u2019\u00e9tait pos\u00e9 la question\u00a0deux ans plus t\u00f4t : \u00ab\u00a0<i>Je veux changer de sexe. Est-ce possible\u00a0?<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Quand la contradiction devient invivable, elle ne peut \u00eatre r\u00e9solue que par l\u2019autodestruction (\u00e0 quoi aboutissent la plupart de ses h\u00e9ros), ou comme Ripley en reportant la mort sur d\u2019autres\u00a0: \u00e0 d\u00e9faut d\u2019un acte sexuel interdit, il vole une personnalit\u00e9, voire tue une personne.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Patricia Highsmith n\u2019aura racont\u00e9 qu\u2019un seul \u00ab\u00a0amour heureux\u00a0\u00bb, celui entre Carol et Th\u00e9r\u00e8se, dans un roman qu\u2019elle a eu un tr\u00e8s grand mal \u00e0 assumer, pr\u00e9f\u00e9rant d\u00e9tourner le th\u00e8me des amours entre femmes sur le terrain des rapports entre hommes. Il en est r\u00e9sult\u00e9 une des plus singuli\u00e8res descriptions d\u2019un homo\u00e9rotisme masculin qui commande le comportement de personnages condamn\u00e9s au d\u00e9chirement de leur ego, conduits \u00e0 ne trouver de solution que dans un alter ego destructeur. Il faut attendre le terme de son \u0153uvre pour que l\u2019identit\u00e9 cesse d\u2019y appara\u00eetre refoul\u00e9e et n\u00e9gative. Identit\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e&#8230; revendiqu\u00e9e&#8230; en \u00e9clats&#8230; \u00ab\u00a0Et pourquoi se donner la peine de tout d\u00e9finir\u00a0?\u00a0\u00bb, se demandait Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><strong>G. D.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center\" align=\"RIGHT\"><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2017\/06\/Homo-10-Une-lesbienne-et-ses-doubles-Patricia-Highsmith.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #ff0000\"><strong>TEXTE EN PDF<\/strong><\/span><\/a><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><b>A lire et \u00e0 voir <\/b><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span lang=\"en-GB\">Andrew Wilson, <\/span><span lang=\"en-GB\"><i>Beautiful Shadow. A Life of Patricia Highsmith<\/i><\/span><span lang=\"en-GB\">, New York, Bloomsbury, 2003, 250 pages.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span lang=\"en-GB\">Joan Schenkar, <\/span><span lang=\"en-GB\"><i>The Talented Miss Highsmith. The Secret Life &amp; Serious Art of Patricia Highsmith<\/i><\/span><span lang=\"en-GB\">, Saint Martin\u2019s Press, 2009.<\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le cin\u00e9ma s\u2019est beaucoup inspir\u00e9 de Patricia Highsmith, souvent en gommant le trouble et le tranchant de ses romans. Dans <i>L\u2019Inconnu du Nord<\/i> <i>Express<\/i> (1951), Guy ne tue pas le p\u00e8re de Bruno, il pourra donc vivre heureux avec son \u00e9pouse.<br \/>\nA la fin des deux films \u00e0 ce jour tir\u00e9s du premier roman de la s\u00e9rie des Ripley &#8211; <i>Plein soleil<\/i> (1960) et <i>Le Talentueux Monsieur Ripley <\/i>(1999) &#8211; Ripley va \u00eatre arr\u00eat\u00e9.<br \/>\nLa morale est sauve.<\/p>\n<div id=\"sdfootnote1\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote1anc\" name=\"sdfootnote1sym\">1<\/a> Sur <i>butch<\/i> et<i> fem<\/i>, voir notre \u00ab<a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=1511\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00a0Butch et fem \u00e0 Buffalo<\/a>\u00a0\u00bb, avril 2017.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote2\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote2anc\" name=\"sdfootnote2sym\">2<\/a> Antoine Sire, <i>Hollywood, la Cit\u00e9 des Femmes 1930-1955<\/i>, Actes Sud, 2016, 1266 p.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"sdfootnote3\">\n<p class=\"sdfootnote\"><a class=\"sdfootnotesym\" href=\"#sdfootnote3anc\" name=\"sdfootnote3sym\">3<\/a> \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=1562\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Homosexualit\u00e9 sid\u00e9rurgiste<\/a>\u00a0\u00bb, mai 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: center\"><span style=\"color: #ff0000\"><a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/files\/2017\/06\/Homo-10-Une-lesbienne-et-ses-doubles-Patricia-Highsmith.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>TEXTE EN PDF<\/strong><\/a><\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si l\u2019art nous instruit sur la r\u00e9alit\u00e9 sociale, c\u2019est de fa\u00e7on fragment\u00e9e et d\u00e9form\u00e9e. Dans l\u2019\u0153uvre de Patricia Highsmith, une orientation sexuelle r\u00e9prim\u00e9e par l\u2019\u00e9poque a trouv\u00e9 une expression litt\u00e9raire sous forme de d\u00e9doublements, et par un d\u00e9placement de genre, &hellip; <a href=\"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/?page_id=1602\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":8284,"featured_media":0,"parent":1116,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1602","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1602","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8284"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1602"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1602\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1611,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1602\/revisions\/1611"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/pages\/1116"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ddt21.noblogs.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1602"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}